Après une campagne présidentielle absolument passionnante, les Français ont pu suivre le débat tant attendu entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Un duel tendu, coup pour coup, sans concession, à couteaux tirés, accompagné d'une passe d'armes entre deux forts caractères mêlant courtoisie et virulence.

Ce que j'en pense...

Ségolène Royal, combative et offensive, a souhaité conduire le débat, se plaçant en tant que "challenger" et cherchant à mener la discussion en désorientant parfois durement Nicolas Sarkozy. Tout en affirmant son autorité, la candidate PS a expliqué avec cohérence son Pacte Présidentiel. Elle s'est volontairement exprimée "en courant partout", cherchant à se positionner sur tous les sujets avec une grande pugnacité. Ségolène Royal s'est toutefois longuement exprimée à de nombreuses reprises de façon déstructurée, manquant parfois d'enchaînement d'argumentation rationnelle. Cette "méthode" a laissé une moindre place à Nicolas Sarkozy dans la manière de conduire son argumentation dans ses domaines de compétences et de prédilection. La stratégie de Ségolène Royal consistait à faire sortir le candidat UMP de ses gonds sans pour autant chercher à attirer et inviter les électeurs indécis dans son sillage. En retrait dans les sondages, elle a joué son va-tout, imposé le débat en mettant tout en oeuvre pour combler son retard. Sa colère n'était peut être pas justifiée dans les échanges mais a su habilement endosser la sympathie et l'émotion du public.

Nicolas Sarkozy, pragmatique et pondéré, attendait un débat construit qu'il n'a pu obtenir. Tout en restant calme et serein, le candidat a su dialoguer avec une plus grande cohérence et une meilleure structuration. Une argumentation par palier, avec plus de souplesse, de clarté et de précision, accompagnée d'exemples de bon sens et de pédagogie, montrant l'évidence et la nécessité de ses engagements. Souvent décontenancé par son adversaire par sa capacité à couper la parole et prendre le cours de la discussion, le candidat UMP est souvent resté sur la défensive. Il s'est efforcé de donner aux téléspectateurs une image inhabituelle plus posée, plus solide, dénuée d'excitation et de brutalité si souvent dénoncées par sa rivale. Maîtrisant ses propos face aux attaques de Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy a policé son langage, inspiré la confiance et démontré les maladresses de son adversaire en matière de citation d'exemples trop simples et parfois imprécis.

Le débat n'a finalement révélé peu d'éléments nouveaux au coeur des programmes respectifs des candidats. On peut également noter de part et d'autre une certaine absence de vision de la France à long terme. Chacun a souhaité donner au public de son adversaire une image inversée d'eux même au coeur d'un débat intéressant et instructif. "Parler nous de choses auxquelles vous pouvez quelques choses" : en définitive, c'est en ces termes qu'ils ont choisi de s'exprimer ce soir face au Français. Aucun des deux n'est tombé dans le piège tendu par l'autre. L'un a donné et pris l'image de l'autre. La candidate PS ne devait pas apparaître incompétente. Le candidat UMP ne devait pas "déraper".

Le débat a modifié la connaissance que nous avions des candidats mais ne changera probablement pas le résultat final de l'élection présidentielle de 2007 au regard des derniers sondages du jour. Excellent débat de personnalités. Match nul.