fabius finkielkraut Ce matin, je décide d’aller écouter un ténor de la politique et un philosophe de renom.

La journéeLe public rempli la salle de l’auditorium.

Beaucoup de monde à l’entrée, la salle est pleine. Le service sécurité est renforcé. Il est à son maximum.

Les journalistes, libres de circuler, reçoivent quelques indications. Le premier rang est réservé aux personnalités.

Les intervenants entrent sur scène sous l’applaudissement du public.


Laurent Fabius – Alain Finkielkraut « La reconstruction de la gauche ? »



Alain Finkielkraut est le premier à prendre la parole en faisant un focus sur les révolutions de mai 68 et du printemps de Prague pour démontrer à sa manière l’état actuel de la gauche. « Nous avons assisté progressivement à une déconstruction de la gauche (…) Elle doit s’interroger sur la valeur profonde de l’égalité (…) Il faut changer de paradigme, sauver le monde et non pas le changer (…) Les enfants ne sont pas dressés à aimer le monde, mais à aimer les images du monde (…) Le monde est délaissé au profit des écrans (…) On joue avec les images du monde au lieu de le regarder, ce qui pose le problème de la perception écologique ».

Laurent Fabius prend la parole. « Pour sauver le monde –physiquement-, il faut le changer (…) Je préfère le terme de reconstruction de la gauche au terme renouvellement (…) Il est nécessaire de revendiquer nos valeurs qui sont bonnes (…) en revanche, ils nous faut adapter nos propositions (…) Contrairement à la droite, la principale valeur fondamentale de la gauche, c’est l’égalité. La seconde est la solidarité. La troisième est la laïcité (…) Lorsque nous aurons clarifié l’ensemble de nos valeurs, nous pourrons reconstruire la gauche ».

L’ancien premier ministre reste conforme à son image : celle d’un homme d’Etat de premier plan, plein d’humour, argumentant avec clarté, rigueur et pragmatisme. Un phrase attire toutefois l’attention du public « Nous avons perdu en 20007 car nous avons perdu le terrain des idées (…) La lisibilité est l’un des problèmes de la gauche (…) Aujourd’hui, le chemin est brouillé entre la gauche et le citoyen».

Alain Finkielkraut se distingue par de nombreuses démonstrations pertinentes qui finissent par rattraper l’analyse du sujet abordé. A son tour, il fustige les combats internes qui affaiblissent la gauche depuis deux décennies « Les intellectuels de gauche ne cessent d’opposer dominants et dominés (…) La gauche défend mal la sûreté et la notion de sécurité en raison de la critique de la domination, l’explication de tout fait par ses causes (…) A gauche, la critique de la domination est systématique et cela lui dessert (…) A gauche, la critique de l’élitisme ne doit pas se focaliser sur l’argent. Contrairement à la gauche, Nicolas Sarkozy a su installer la volonté et réconcilier les français avec la politique en commençant par rassembler dans son camp, ce que la gauche n’a pas su faire (…) La gauche ne veut entendre parler, hélas, que de la critique de la domination».


Rachida Dati – André Vallini « La justice est-elle juste ? »


dati valliniNous y sommes. Le débat le plus attendu du Forum Libération entre Rachida Dati et André Vallini va commencer. Le public est bien là.

Rachida Dati est la première à s’exprimer. Un style détonnant, une expression tonique, une sûreté à toute épreuve dans ses propos. En introduction, elle commence par évoquer les prochaines actions du gouvernement en matière de justice et rappelle son profond attachement à la lutte contre la discrimination.

A son tour, André Vallini dresse le portrait de la justice française « Je souhaiterai une accessibilité de la justice, une justice plus rapide, un toilettage des mots techniques employés qui font que le citoyen n’a plus confiance en elle (…) la justice donne l’impression qu’elle ne doit rendre des comptes à personne (…) Il faut que les justiciables puissent avoir un accès direct au Conseil de la Magistrature (…) Avec l’affaire D, les français se sont rendus compte que la justice pénale pouvait un jour les concerner en rappelant à tous l’importance de la présomption d’innocence.

Le président du Conseil général de l’Isère rappelle également que 20% des courtes peines ne sont jamais exécutées. Il s’attache à donner de nombreux conseils à Rachida Dati sur le fonctionnement de la justice « Vous plaisez à l’opinion, vous avez la chance d’être ministre de la justice, sachez que d’autres aimeraient être à votre place ».

Le duel est lancé. Le débat devient technique. Moyens de la justice et nécessité d’accroître les sanctions. Compréhension du mineur face à la compréhension et à l’exécution de sa peine. Rapidement, la discussion devient politique, notamment concernant les mineurs récidivistes. Les oppositions s’affirment.

André Vallini évoque l’augmentation des violences physiques et Rachida Dati rappelle l’ensemble des moyens mis en place par le gouvernement actuel. Il affirme « La justice n’a pas les moyens d’appliquer les textes, alors pourquoi vouloir faire une loi à chaque fois qu’un fait divers marquant survient auprès de l’opinion publique ? ». Elle réagit « Ce n’est pas le manque de moyen, c’est la révélation d’un vide juridique qui nous amène à vouloir légiférer dans le cadre de récidive de viol lorsque rien n’est prévu à la sortie de prison pour un violeur dont on sait qu’il risque de récidiver ».

Les sujets évoqués et lancés par André Vallini font l’objet d’un applaudissement constant du public. L’indépendance de la justice, la dépénalisation des affaires, le fichage par ADN. La ministre a réponse à tout : chiffres, signalement de faits et exemples d’affaires à l’appui. Le professionnalisme et l’engagement des intervenants entraînent le public et la qualité des échanges est au rendez-vous. Les sujets évoqués restent sensibles. Chacun prend ses précautions dans ce duel entre personnalités au caractère fort.


Nicolas Baverez – Arnaud Montebourg « Qu’est-ce que le sarkozisme économique »


baverez montebourg Un débat qui s’annonce intéressant et passionnant entre deux avocats.

En introduction, Nicolas Baverez réussit en une dizaine de minutes à donner les principales clés de la politique économique du gouvernement Sarkozy. Sur le fond, les principales mesures économiques sont évoquées. Il dresse un portrait sur l’état actuel de l’économie du pays.

« Nicolas Sarkozy est plutôt libéral, mais certainement pas un ultra-libéral (…) Le modèle que nous avons est le plus anti-social qui soit. Pourquoi notre croissance ne décolle pas ? (…) Sur 100 euros qui circulent, 54 est de fond public (…) Depuis 10 ans, nous vivons sur la consommation alimentée par une dette publique qui enfle »

Arnaud Montebourg exprime son étonnement et préfère évoquer la forme. « La priorité de Nicolas Sarkozy finalement, c’est de plaire. Il reste pour moi un objet non identifié (…) L’ambivalence de son discours vogue entre le souverainisme et libéralisme (…) Durant la campagne présidentielle, il a réussi à faire la gauche et la droite en même temps. En réalité, nous nous sommes trompés. Au départ, nous avons pensé qu’il donnerait une image ultra-libérale. Il s’agit d’une part de malentendu et d’analyse au sein de la gauche ».