luxe grenoble Entre Noël et le jour de l'An, je me suis fais accoster en ville, juste en sortant de la Fnac, par un couple d'allemand d'une soixantaine d'années très certainement en vacances d'hiver dans notre région, tout a fait charmant, à l'allure svelte et bronzée.

Habillée d'un beau manteau de fourrure pour Madame, d'une belle parka de marque pour Monsieur, nous entamons une petite discussion en Anglais. Avec le sourire d'une première rencontre, ce dernier me demande "...Ja ... please, where can i find ... a ... Gucci store... you know ?... here... Grenoble". N'ayant pas immédiatement saisi la prononciation de la marque de luxe sur le moment, je lui signale qu'à ma connaissance, il n'en existe pas dans les alentours et lui propose alors de se rendre aux Galeries Lafayette un peu plus loin. L'homme me répond "Nein (...) no... not good !" en grimaçant. Légèrement embarrassé, le couple me remercie avec le sourire, et passe son chemin.

Au fond, cet épisode est assez intéressant et instructif en la matière. En cette période de fin d'année, cette recherche d'une boutique de luxe ne m'a pas étonné.


Marque de luxe, marque de prestige


A mon sens, une marque de luxe se définie comme la marque d'une création dont la genèse fait référence à l'art ou l'artisanat, au sur-mesure. Souvent difficile d'accès, réservée à une clientèle bien déterminée, une marque de luxe tend vers la notion d'unicité. Loin des grandes multinationales et d'une production destinée au grand public, il semble que la marque de luxe soit destinée à être distribuée en petite quantité pour en augmenter la rareté. En d'autre terme, un produit de marque de luxe peut apparaître inutile, confidentiel ou très personnel.

Contrairement au luxe, la marque de prestige est destinée au plus grand nombre. Son territoire de conception et de production compte beaucoup pour celui qui la revendique. La marque de prestige est plus importante que le produit en lui-même. Celui qui la porte ou l'obtient s'identifie à elle, tout en cherchant à véhiculer un code social permettant d'affirmer vis à vis d'autrui son appartenance à un groupe ou à une entité. Au final, du fait qu'il soit souvent produit en grande quantité, un objet de marque de prestige nous apparaît très utile, peu confidentiel et peu personnel.


Grenoble n'attire pas les enseignes de marques de luxe et de prestige


Nous savons que différents styles d'enseignes et de magasins se côtoient à Grenoble, notamment en centre-ville. Mais quand on observe à la loupe l'éventail des choix de produits en vente proposés par les commerçants, on s'aperçoit très vite que Grenoble, à l'instar d'autres grandes villes de province, dispose de très peu d'enseignes de marques de luxe... ou de prestige.

Pourtant, la Capitale des Alpes, 12ème agglomération de France et son aire urbain de 553 000 habitants, au carrefour de l'Italie , de la Suisse , 2ème agglomération en Rhône-Alpes est censée être bien placée et positionnée pour répondre... aux besoins de ce genre de clientèle. Sans compter l'attirance de Grenoble pour ses nombreux pôles d'innovations et technologiques, son bien-être et son style de vie qui permettent d'attirer chaque année de hauts cadres ou d'ingénieurs, révélant parfois une clientèle huppée qui cherche à parâitre et à se distinguer du grand public...

Force est de constater que les commerçants installés à Grenoblois proposent des produits de marques de luxe ou de prestige dans de nombreux points de vente mais que le nombre d'enseignes ou de boutiques estampillées d'une seule marque est ridicule, voire... rédhibitoire.

Boutique "Hugo Boss" (prestige - 5 place Victor Hugo), "Chevignon" (prestige - 1, rue de Bonne), "Lacoste" [1] (luxe - 2 place Léon Martin)... Quick Silver (prestige - 2 rue millet), Cinna, Roche-Bobois, Aigle... ...mais encore ?

ll suffit de demander aux Grenoblois s'ils arrivent facilement à identifier sur le vif d'autres enseignes à part entière sur Grenoble (des "stores", et non des points de vente ou distributeurs) dont la marque est mondialement connue... A l'évidence, l'identification n'est pas si aisée en ville.

Boutiques "Store"... Nike, Addidas, Nokia Care, Dior, Kenzo, Louis Vuitton, Tag Heuer, Mugler, Sisley, Rabanne, Mont Blanc, Tissot, Audemars, YSL, Mazet, Bretz, Bose, Dupond, Chanel, Gaultier, Valentino, Killy, ...

...absentes, pour la plupart, de Grenoble.


Chercher des réponses


Alors pourquoi Grenoble, - ou la ville de Grenoble - n'attire pas ces "stores" ?

Grenoble ne serait-elle pas tout simplement mal desservie en la matière, coincée entre Lyon, Montpellier, Nice, Cannes ou Annecy ? Serait-elle victime de sa proximité avec ces communes ? Et pourtant, toutes ces villes on une ou plusieurs rues accueillant principalement des boutiques de luxe et de prestige et il suffit parfois qu'une ou deux s'installent pour que d'autres s'y collent après quelques années.

Loin de penser à l'étroitesse du centre-ville, Grenoble ne dispose d'aucun "quartier chic commerçant" regroupant des boutiques de luxe et/ou de prestige. Sur une autre grille de lecture, des villes comme Romans (38) ont su donner un crédit supplémentaire ou complémentaire à leur territoire en choisissant d'accueillir il y a quelques années le concept "Marques Avenue". On peut aller jusqu'à se demander si Grenoble "dispose" des bonnes CSP [2] prêtes à dépenser leur argent dans ces boutiques.

Dans un autre registre, plus aucun Grenoblois ne monte à Lyon pour acheter ses meubles chez Ikea et la présence manifeste et accrue de boutiques de luxe et de prestige à Grenoble confèrerait à la ville une image supplémentaire qui irait de paire avec son dynamisme économique, au moment ou celle-ci est soucieuse de jouer depuis des années et avec justesse, la carte de la mixité sociale, du commerce, des activités et de l'habitat.

Il faut un peu de tout, pour faire un monde...

Notes

[1] photo : lacoste.com

[2] catégories sociaux professionnelles