tremplin sanit nizier Dimanche 23 novembre 2008, je suis parti me promener sur les hauteurs du Vercors, plus précisément à Saint-Nizier du Moucherotte pour goûter aux premières couches d'or blanc en famille.

Malgré une température de -4° à 1100m d'altitude, de nombreux Grenoblois décidaient de braver le froid et de sortir leur combinaison de ski pour faire de la luge d'hiver et se promener sur un plateau enneigé partiellement glacé.

Cette présence sur ce "stade de neige provisoire" est l'occasion d'expliquer à mes fils une partie de l'histoire des Jeux Olympiques de 1968 à Grenoble. Ainsi, nous décidons de prendre à pied la direction du tremplin de saut à skis de Saint-Nizier du Moucherotte [1].


Le tremplin des JO de 1968 a t-il un propriétaire ?


Arrivé sur les lieux, nous découvrons une vieille pancarte accrochée au portail métallique permettant l'accès au tremplin. "Tremplin de saut olympique - L'accès du tremplin n'est pas autorisé et présente certains dangers - Le propriétaire décline toute responsabilité". Une autre, plus récente indique "Accès strictement interdit - La direction décline toute responsabilité en cas d'accident".

Il y a t-il une direction ? Le tremplin a t-il (encore) un propriétaire ?

Malgré l'interdiction, conscient du danger éventuel, je décide de m'aventurer sur un large chemin accessible sans encombre. Sur le sol, la neige fraiche tombée la veille révèle de très nombreux pas de promeneurs en direction du tremplin olympique. Force est de constater que ce portail d'un autre âge ne sert qu'à supporter... les pancartes. Après une minute de marche, nous découvrons le tremplin... et naturellement d'autres promeneurs. La famille reste à l'écart du site.


Un tremplin olympique dans un état pitoyable


Je découvre avec stupéfaction l'état de délabrement avancé de la superstructure en béton... complètement abandonnée.

Un pylône en bois volontairement déplacé permettant de monter sur une partie non accessible du tremplin. De nombreux tags et graffitis en tous genres et de toutes tailles placardés sur les parois du tremplin, à tous les étages. Des portes imposantes rouillées depuis des années. Du béton fendu, éclaté, souillé par la rouille des nombreuses tiges d'acier dégoulinant le long de certaines façades. Des escaliers complètement lissés par le passage du temps et des saisons, sans aucune prise sur les marches. Des lattes de bois éclatés sur des dizaines de mètres et des trous béants sur une piste d'envol complètement défoncé et inutilisable. Des barrières en bois noircies. Des hublots déformés, sans visage. Des passerelles d'envol complètement usées par le temps...

De haut, l'image d'un énorme blockhaus en ruine de la seconde guerre mondiale qui pointe son dévolu sur Grenoble.

Un spectacle de béton insensé, pitoyable et déplorable... qui nous plonge dans une incompréhension et un désarroi total.


Petit rappel historique, chiffres et tentatives


Les dernières compétitions sportives ayant bénéficié du tremplin des JO de 1968 datent... de la fin des années 80. Le 9 octobre 1988, Alain Prieur [2]avait réussi à effectuer un record de saut à moto de 84,3m dans le vide à partir du tremplin. En 2001 et 2002, le tremplin devait être progressivement réhabilité par le syndicat intercommunal (Grenoble - St-Nizier) et l'association du Palais des Sports de Grenoble pour devenir un centre de pratique de VTT et d'événementiels associés. Sans lendemain...

Déjà à l'époque, après les JO de 1968 de Grenoble, l'Etat avait signalé son refus d'engager le soutien du fonctionnement du tremplin. En 1992, quelques jours avant le début des JO d'Alberville, le tremplin était "mis en vente" pour... 1 franc symbolique.

Tout récemment, un groupe de personnes a signalé son intention de... rénover le tremplin des JO de 1968.

Comment peux-on accepter de conserver en montagne une telle superstructure de 90 mètres au pied des Trois Pucelles dans un état de vétusté avancée qui a coûté près d'un million d'euros il y a 40 ans lors de sa réalisation et qui a englouti un peu moins de 300 000 m3 [3] de béton ?

Depuis deux générations, tous les arguments s'empilent et se chevauchent, sauf un sur lequel tout le monde s'accorde en se frottant les mains : le temps qui passe finira bien par jeter son dévolu sur une collectivité ou un groupe d'individus qui porteront les responsabilités communes du passé. "Temps" qu'à faire...


Une candidature des JO de 2018 pour Grenoble, sur quel modèle ?


Le tremplin des JO de 1968 est visible à l'oeil nu de Grenoble.

De loin, le conserver dans cet état de fait confère à la ville une image symbolique de sa réussite depuis les années 50-60 : celle de la grande époque, de ses premiers grands investissements qui ont fait le développement économique de Grenoble jusqu'à nos jours.

De près, le conserver dans cet état de délabrement sans qu'il y ai eu véritablement de solutions concrètes de remplacement, de réhabilitation, de restructuration ou de destruction me semble peu compatible avec l'opportunité de voir revenir un jour les Jeux Olympiques à Grenoble.

En cas de victoire de candidature de la ville de Grenoble pour les Jeux Olympiques de 2018, il apparaît évident que la pérennité et la reconversion des prochaines infrastructures devront être une priorité absolue sur l'ensemble du dispositif.

Sous peine de revivre les mêmes problèmes que nous traînons malheureusement comme un boulet... depuis 40 ans.

Notes

[1] voir une vidéo de l'INA

[2] exploits

[3] donnée à confirmer