grenoble esplanade Vendredi 2 octobre 2009, La Ville de Grenoble organisait une réunion publique à la Mairie pour présenter son projet de requalification de l'Esplanade.

Un projet urbain imposant qui s'inscrit dans une démarche de concertation liée au réaménagement de l'une des principales portes d'entrée du centre-ville de Grenoble.

Les études préalables ont débuté il y a quelques semaines. Les premières tranches de travaux sont prévues en 2011. La livraison des premiers lots devrait avoir lieu à partir de 2013.


Les enjeux du projet


D'un point de vue global, le réaménagement du secteur de l'Esplanade est étroitement lié au projet de requalification des berges de l'Isère (lire mon article sur le sujet), à celui de la construction de la nouvelle ligne de tram E et à la réalisation éventuelle de la Rocade Nord.

Au coeur de ce nouveau projet, la création d'un grand parc urbain de plus de 7 hectares dédié aux loisirs et à la détente. La future nouvelle ligne de tramway E est la colonne vertébrale du dispositif.

Pour la municipalité de Grenoble, il est primordial de faire sortir le quartier de son environnement autoroutier en prevoyant un "déclassement" de l'arrivée de l'autoroute A48 en ville. "Plus de vie et de vert", "plus de mobilité apaisée" et "plus de centre-ville" soulignent les principaux élus concernés pour introduire leur présentation.

Il s'agit de reconquérir les berges de l'Isère et ainsi de poursuivre l'extension du centre-ville vers le quartier de l'Esplanade en le reliant aux autres secteurs de la ville. Sur zone, la municipalité souhaite favoriser l'habitat, le développement d'espaces verts, d'emplacements commerciaux afin d'améliorer le cadre de vie des habitants.

Sans oublier une profonde réorganisation des déplacements et du stationnement... au profit de l'utilisation des transports en commun (Tram E) et autres modes doux associés.

Principaux objectifs : créer un grand parc, développer le quartier et favoriser les liaisons respectant un nouveau schéma de circulation.


Les elements du projet


Autour de la prochaine ligne de tram E, le schéma de déplacement envisagé comprend de nouvelles dessertes locales interquartier, des "traversées douces" et des "liens végétalistes". Mais également la création de nouvelles liaisons "mode doux" avec la rive gauche et la réorganisation de la circulation en entrée et en sortie du centre-ville.

Au nord du secteur, l'architecte-urbaniste [1] prévoit la création d'un nouveau pont permettant d'améliorer les échanges entre les deux rives.

Selon l'hypothèse B présentée au public (photo), seule une partie de l'existant serait préservée (habitations actuelles côté Chartreuse). Des centaines de nouveaux logements privés et publics [2] devraient sortir de terre [3], associés à des commerces et de nombreuses activités éparpillées sur zone.

En vert sur ma photo, déploiement d'espaces verts, grand parc. Zone bleue, dominante logement. Taches brunes, dominante activités et commerces. Zone grise, existant préservé. Ligne bleue, parcours du tram E.


Un projet concerté


Le calendrier de la démarche de concertation est le suivant :

Octobre 2009 : réunion publique et balades urbaines organisées les 10 et 19 (séances de travail, recueil de photos, de témoignages...).

Novembre 2009 : ateliers urbains en petits groupes permettant de débattre et de faire des proposotions sur les hypothèses de travail des architectes. Constitution de "cahiers d'habitants" adréssés aux architectes. Puis le 9, dernière réunion publique de présentation du projet.

Décembre 2009 : projection et présentation de l'hypothèse d'aménagement retenue.

Début 2010 : constitution du projet de ZAC et lancement des procédures administratives.

Début 2011 : lancement des premiers travaux... première tranche livrée en 2013.


Quelques réactions soutenues dans le public


Le public est venu nombreux découvrir les différentes facettes du projet. Certains habitants sont restés debout au fond de la salle [4].

Parmi les personnalités présentes autour de Michel Destot (Député-Maire de Grenoble), signalons la présence de Philippe de Longevialle (Adjoint à l'Urbanisme), Jacques Chiron (Adjoint aux Déplacements), Christian de Portzamparc (Architecte-Urbaniste désigné) et l'absence de Laure Masson (Adjointe à la Démocratie locale).

Lors de la soirée, le Maire de Grenoble s'est montré particulièrement énergique, déterminé et offensif face aux questions et interrogations du public.

Tout l'inverse de l'architecte-urbaniste, plutôt évasif, peu démonstratif et motivé pour promouvoir ses hypothèses de travail. Pour Michel Destot, il est l'un des meilleurs architectes-urbanistes de l'hexagone... ou du monde.

"Il est important de donner les rythmes de l'Isère à la Ville (...) Installer un parc qui donne envie de venir le matin, à midi, l'après-midi et le soir (...) Un endroit romantique, où l'on voit la rivière, la Chartreuse (...) Faire passer le tram côté parc, c'est une jolie chose avec de belles passerelles, c'est un véritable film" argumente l'architecte rêveur avant de souligner que le Michel Destot est "un Maire qui nous prépare l'avenir..." [5].

Rien de tel pour irriter une bonne partie des habitants plongés progressivement dans un cheminement d'interrogations.

Le public interpelle successivement les porteurs du projet sur le devenir de l'exploitation des ciments Vicats, le type de passerelle prévue au niveau du quartier Jean Macé, les nouveaux moyens de circulation. Mais également sur la prise en compte ou non des avis des associations de quartier dans le déroulement du projet, les différents types de logements et de commerces à construire, le devenir de la foire des Rameaux... tout en faisant remarquer l'absence de schematisation de la Rocade Nord sur les diapositives durant leur projection. Sans compter une critique sur le manque d'information préalable de la Mairie concernant la tenue de la réunion publique, la courte durée de la concertation engagée par la Ville de Grenoble... ou la suppression du grand parking de stationnement actuel de l'Esplanade,

Sur ce dernier point, un habitant s'interroge ouvertement. "On nous a expliqué qu'il y allait avoir un pont, un parc, des restaurants, des logements (...) C'est bien gentil tout ça mais les voitures... où on les met ?".

Jacques Chiron répond fermement "Il y aura le tram, parce que c'est ça aussi (...) Je rappelle qu'on avait avant sur les grands boulevards 60 000 véhicules jours, aujourd'hui, il y en a 27 000 (...) Il y a aussi une modification des habitudes des habitants, on ne fait pas un tram uniquement pour eux (...) On mettra donc des parcs-relais le long de la ligne (...) Rien n'est gratuit, soit c'est le contribuable, soit c'est l'utilisateur qui paye et pour ma part, je suis pour que l'utilisateur paye quand même un peu son automobile".

La salle s'agite. Le public reste dubitatif, visiblement peu convaincu par les propos de l'Adjoint aux Déplacements.

Un Grenoblois interpelle le Maire de Grenoble sur le type de logements à construire. "Ca va encore être un projet pour les promoteurs immobiliers (...) Un espace public qui va être donné, privatisé...".

Débité par ces propos, Michel Destot se lève et hausse nettement le ton. "On est pas ici pour se raconter des histoires (...) Mais le parc, c'est public, c'est pas un parc privatisé (...) C'est des fonctions sociales, publiques, populaires qu'il faut mettre (...) Quelques soient les conséquences, je me battrai, faut aussi savoir ce qu'on veut".

Applaudissements dans la salle.

En sortie de réunion, les Grenoblois étaient encore nombreux à converser ensemble autour d'un rafraîchissement. Chacun racontant ses petites histoires de quartier, une description aiguisée du comportement de ses voisins durant la semaine ou ses petits soucis de voirie, de stationnement, de circulation du moment... en petits comités bien distincts,

Ce genre de réunion publique attire toujours les mêmes personnes d'une même classe d'âge.

L'absence répétée des jeunes générations qui profiteront dans l'avenir de ces nouvelles infrastructures est pour le moins regrettable.

Notes

[1] Christian de Portzamparc

[2] mot d'ordre : mixité sociale

[3] Michel Destot parle d'un millier de logements sur zone

[4] manque de chaises

[5] agitation mesurée dans la salle