adels grenoble A l'occasion de ses 50 ans, l'Association pour la Démocratie et l'Education locale et Sociale (ADELS) qui publie notamment chaque mois le magazine Territoires [1] organisait les 12ème Rencontres de la Démocratie locale à Grenoble les 28 et 29 mai 2010.

Avec le soutien administratif, logistique et financier de la ville de Grenoble, de la Métro, des villes de Echirolles, Eybens, Fontaine, Seyssins, du département de l’Isère et de la Région Rhône-Alpes, ces rencontres ont permis de réunir des citoyens, des élus, des responsables de services, des militants associatifs, des membres d’instances participatives et des experts pour venir témoigner, partager, échanger des réflexions autour du thème de "La démocratie hors les murs".

Le principal objectif de ces rencontres était d'ouvrir le débat sur les démarches participatives locales trop souvent "enfermées dans des institutions, des procédures, des logiques ou des façons de faire qui excluent plus souvent qu’elles agrègent" selon l'ADELS.


Un BarCamp "TIC et démocratie locale"


Près de 1800 personnes venues de toute la France et parfois de l'étranger ont pu assister à des conférences thématiques, exposer leurs projets d'avenir dans des forums, témoigner d'une analyse ou livrer leur expérience dans le cadre d'ateliers ouverts aux inscrits.

Un BarCamp [2] "TIC et démocratie locale" [3] était organisé par Villes-Internet et Blog2Roubaix.

Invité en tant qu'intervenant par les organisateurs à promouvoir un sujet, j'ai choisi de présenter [4] brièvement une expérience web locale réussie (celle de GreBlog) et d'expliquer en détail quels sont les facteurs et principaux éléments à prendre en considération avant de se lancer dans le déploiement d'une plateforme web d'expression locale (typologie, veille, cible, maintenance, objectif, moyens, identification, responsabilité légale, production éditoriale, relations avec le monde politique et les médias etc.).

Devant une soixantaine de personnes à l'écoute prêtes à débattre sur le sujet, des sociologues, des chargés de mission, des responsables de communication de collectivités territoriales (de La Metro par exemple), des webmestres institutionnels, des directeurs de publication, des animateurs TIC, des blogueurs, des acteurs du monde associatif et des élus (parmi eux, Gildas Laeron, Conseiller municipal TIC de Grenoble).


A la recherche d'une nouvelle dimension locale "participative"


Le débat qui a suivi en séance (et en coulisse) est révélateur des attentes du public en matière d'exercice de démocratie locale participative sur le web. Nombreux sont celles et ceux qui ont du mal à orienter leur pratique et leur désir d'engagements au regard de certains critères exhaustifs dont ils ne maitrisent pas toujours les tenants et les aboutissants.

Un premier constat s'impose.

Parmi les acteurs, beaucoup s'interrogent sur la nature même de leurs objectifs de positionnement, sur l'opportunité de déployer ou non une plateforme web locale participative, sur leur capacité à animer une forme de démocratie représentative par la participation citoyenne.

Dans le contexte d'une démocratie locale ouverte, possible et acceptée, la plupart rêvent de pouvoir développer un espace d'échange collaboratif fonctionnel et/ou de propulser un réseau social participatif par le biais d'Internet.

Que ce soit un outil d'expression locale d'éducation populaire autour des pratiques et des valeurs citoyennes. Un outil "alternatif" permettant de véhiculer principalement des idées. Un outil "complémentaire" dont l'une des finalités rudimentaires est de pouvoir produire et publier une information ou du contenu local en toute liberté. Un outil pour construire exclusivement des échanges et entamer des amorces de dialogue avec la population. Un outil communicant destiné à router ou valoriser du contenu local institutionnel. Un outil servant à défricher des polémiques et relayer des problématiques locales ayant pour seul but d'interpeller directement ou indirectement les politiques...


Une évaluation des opportunités de déploiement difficile à mener


Le problème, c'est qu'une majorité des acteurs sociaux présents ont généralement du mal à évaluer au départ l'engagement qu'ils doivent fournir pour mener à bien le déploiement de leur projet.

Un manque d'élaboration, de rigueur et de perspectives évaluées dans leur cahier des charges (lorsqu'il y en a un !). Un manque de recul, d'analyses objectives portées sur l'existant et la présence éventuelles d'autres plateformes web locales du même type pour éventuellement élaborer un partenariat. Une difficulté à définir une ligne éditoriale. Une Incapacité parfois à cibler le type de public, à fidéliser ou "canaliser" une catégorie de lecteurs-internautes susceptibles de promouvoir certains contenus d'informations publiées en dehors du contexte éditorial.


Passer le cap de la barrière technique


Un second constat s'impose.

Au coeur des débats, un paradoxe (re)fait surface.

Il est surprenant de constater qu'un grand nombre de participants qui envisage de lancer une plateforme locale participative se heurtent par nature à des critères et facteurs purement techniques.

Une partie considère à tord qu'il est avant tout primordial d'une part de déterminer techniquement le choix d'une plateforme web avant de s'engager plus en avant dans l'aventure. D'autre part, qu'il faut impérativement avoir une culture "geek" ou assimilée et être doté de compétences techniques fortes pour concevoir, réaliser ou déployer un site web répondant à leur besoin de démocratie participative en ligne.

Force est de constater qu'une majorité d'entre eux n'a jamais véritablement pris le temps (un temps précieux) pour effectuer une veille (comparative, technique) pour trouver des solutions intermédiaires et adéquates. L'objectif étant d'évaluer au mieux un cahier des charges avec l'aide d'un prestataire de service et d'effacer en priorité leurs préoccupations "techniques" dans la mesure du possible.

La crédibilité d'un support passe par la qualité intrinsèque de ses contenus. La technique n'est pas une fin en soi.


Entre engagement, frilosité et résignation


Un troisième constat s'impose.

Une forme de résignation latente plane au dessus de leur tête. Et c'est peut-être en soi l'élément le plus déterminant et le plus surprenant.

La grande majorité des participants restent persuadés que le politique est au coeur de l'engrenage médiatique, au coeur des rouages et des décisions qui peuvent contraindre ou altérer l'émergence d'une participation démocratique au niveau local.

"Nous, on voudrait lancer un site participatif où tous les habitants de notre secteur pourraient s'exprimer (...) On a contacté la Mairie pour leur expliquer notre projet et elle nous a refusé une petite subvention pour démarrer". "De toute façon, dès qu'on commence à parler d'un truc qui ne plaît pas aux élus du coin, qu'ils soient de droite ou de gauche, on se fait pourrir et on nous demande de corriger le tir sur nos blogs". "Le citoyen ne va même plus voter de toute façon (...) Les politiques ne viennent même pas voir comment les autres vivent (...) Comment voulez-vous qu'on arrive à se parler normalement, à se comprendre, à changer les choses si on doit refuser d'en parler chez nous sur notre site web de proximité?" pouvait-on entendre ici et là à lors du BarCamp à titre d'exemple parmi les participants.

Chacun paraît camper sur ses positions, tel un renoncement ou une privation de liberté d'expression jusque là détenue soi-disant par les pouvoirs locaux, politiques ou médiatiques. Un pessimisme ambiant et une forme de fatalisme inhérent par la force des choses.

C'est assez consternant.

Il existe pourtant des moyens de les faire réagir et de susciter leur attention à l'égard de leurs concitoyens par le biais d'Internet. C'est ce que j'ai tenté d'expliquer à l'assistance et à d'autres participants en aparté.


Le grand paradoxe


La situation peut paraître paradoxale.

Nous avons donc d'un côté des habitants, des citoyens, des associations et d'autres entités morales qui souhaitent croiser, fédérer des pratiques de démocratie locale et des expériences participatives sur le terrain. Des acteurs bénévoles ou professionnels qui souhaitent s'exprimer sur des sujets qu'ils maîtrisent au quotidien à l'échelle d'un secteur, d'une commune et qui ont du mal à dialoguer ou se faire entendre auprès des pouvoirs publics. Ces derniers ayant trop souvent tendance à se désintéresser de leurs projets de démocratie locale, préférant imprudemment les reprendre parfois à leur compte dans l'arène politique.

De l'autre, nous observons que cette "masse d'initiatives de citoyenneté" intrigue de plus en plus les institutionnels et les politiques, interpelle les modes d'organisation des services locaux. Ces derniers ayant trop souvent tendance à se satisfaire de leurs propres initiatives de démocratie locale sans toutefois consulter en amont leurs concitoyens sur la pertinence de leur démarche. C'est une forme de consultation sans concertation préalable qui entraîne parfois un rejet de la population pour ce genre d'initiative non partagée.

Notes

[1] j'étais également chroniqueur pour ce mensuel durant les élections municipales de 2008

[2] "non-conférence" ouverte qui prend la forme d'ateliers-événements participatifs où le contenu est fourni par les participants qui doivent tous apporter ou produire quelque chose

[3] Technologies de l'Information et de la Communication

[4] photo: Bruno Lestienne - Le Blog2Roubaix