Ca y est. Je viens de récupérer mon accréditation presse. A l’entrée, du MC2, le service d’ordre fait son travail. Les gens sont calmes et arrivent pas à pas récupérer leurs billets. Arrivé dans le hall principal, je prend la température des lieux en compagnie d’autres « confrères journalistes ». La liste des intervenants s’affichent sur l’ecran et chacun consulte sa tranche horaire.
Je vois Jack Lang. Très certainement attiré par les « pass press », il se dirige vers nous et nous serre la main avec son grand sourire habituel. Laurent Joffrin et Olivier Ihl sont interviewés par France Culture. Je me dirige en salle de presse pour m’organiser, bloguer et mobloguer. Michel Destot arrive et rejoint d’autres personnalités de gauche en bas des escaliers près de la salle de presse. Je recroise Jack Lang, un nouveau bonjour « presse ». Sacré Jack !
Colonne de gauche sur GreBlog, toutes les photos prises sur le vif. Je tente ici de bloguer en direct quand le temps me le permet. :-)
L’ouverture des débats approche. Il me faut choisir une premier débat. Je me dirige dans la salle de l’auditorium et assiste à la confrontation.
Manuel Valls – Clémentine Autain « Qu’est-ce qu’une gauche moderne ».
Clémentine Autain prend la parole. Je m’approche de la tribune. Je confirme : quelle belle femme ! Son discours est aiguisé, actif, marquant et relativement percutant. Le public écoute avec attention. Manuel Valls, décontracté, chemise légèrement ouverte, assez bronzé attend patiemment son tour de parole et relit avec attention ces notes.
Clémentine Autain marque son discours « Oui, il faut revaloriser la valeur travail (…), on a l’impression que la gauche est dans la résistance et veut conserver ses acquis, cette image est dénaturée (…) Pour qu’il y ait du mouvement, il faut qu’il y ait une forme de sécurité sociale et je conteste la centralité de la valeur travail (…) Le problème en réalité vient de la répartition du temps et la gauche moderne devra appréhender cette problématique à bras le corps (…) Je suis pour la mondialisation mais je suis contre le marché ». Chacun essayera de décrypter cette dernière affirmation :-)
Manuel Valls prend à son tour la parole. Il n’hésite pas à fustiger la gauche actuelle et ses problèmes en matière d’image et les dégâts causés par la campagne présidentielle de Ségolène Royal. Un discours hyper tonique, droit et démonstratif tout en affirmant la nécessité d’asseoir une nouvelle gauche jeune et moderne « A force de nous dire que la gauche n’est pas assez à gauche, eh bien c’est la droite qui gouverne. (…) Elle doit accepter que nous sommes dans une économie de marché et finalement, il faut qu’elle soit aussi le parti des entrepreneurs (…) Il faut prendre en compte la réussite individuelle à travers le travail. Il nous faut reconstruire un discours sur la culture (…) Nicolas Sarkozy a joué beaucoup sur les peurs (…) La gauche, au lieu d’être dans la confrontation avec les entrepreneurs, doit être capable d’assumer les valeurs de l’entreprise (…) J’en ai marre que la vie politique tourne autour de Nicolas Sarkozy".
Jack Lang - Dominique Reynié « Une VIème république».
Je vais aller faire un tour du côté de Jack Lang confronté à Dominique Reynié...
L'ancien Ministre de la culture est très aimé : en tout cas, le public le signale, intervient et n'hésite pas à lui montrer une marque d'affection. Jack Lang exprime ses idées. Quelques notes à sa disposition, un public plutôt jeune et attentif aux différents échanges. Le Ministre rappelle son attachement profond aux valeurs de la république.
A plusieurs reprises, ce dernier regrette le manque d'audace de François Mitterrand "en fin de règne" en matière de planification de changement de constitution. Période durant laquelle il estime que l'ancien président de la république aurait pu s'attarder sur le sujet conformément à ce qu'il avait préalablement signalé à son ministre de la culture "attitré".
Je quitte le second débat et déjà, je regrette ne pas pouvoir assister à tous les débats. Dans les couloirs, je rencontre Daniel Cohn-Bendit, Michel Destot, Olivier Noblecourt, Laurent Joffrin, Richard Cazenave, Valérie Pécresse et bien d'autres...
Jean-Pierre Raffarin – François Chérèque « La retraite à 80 ans ? »
Je continue ma tournée des salles. Certains débats ont dépassé leur temps de parole. Je rentre en salle de presse pour mobloguer quelques photos et tenir ce compte-rendu personnel.
Je découvre l’ancien premier ministre, très détendu, mâchant les branches de ses lunettes, sûr de lui et serein. François Chérèque reste pragmatique dans son discours. Le responsable syndical lit ses notes avec attention tandis que son challenger se tourne régulièrement vers le public. Je m’attendais à un débat de chiffres, d’hypothèses émises, de spéculation politique. Finalement, le débat reste courtois, en dehors de toute polémique sur les précédentes réformes des retraites. Quelques congratulations entre débatteurs. « Il ne faut pas bousculer le temps (…) le gouvernement a raison d’aller vite sur le sujet des retraites en mêlant la discussion du fond avec la méthode » déclare Jean-Pierre Raffarin.
François Chérèque regrette que la réforme des retraites se soit faite en parallèle de celle de la décentralisation à l’époque du gouvernement Raffarin. Une « petite erreur » selon lui. Le leader syndical affirme néanmoins que la réforme de 2003 n’est finalement pas inutile en prenant du recul. « Sans être bénéfique pour tout le monde, elle a permis d’avancer concrètement et elle nous permet d’entamer l’avenir et de poser de nouvelles bases ». Manuel Valls a eu des propos courageux sur le dossier et j’affirme qu’il y a de nombreux conservateurs sur le sujet des retraites au Parti Socialiste (…) C’est la durée des cotisations qui compte et non pas l’âge » signale Jean-Pierre Raffarin.
« L’âge du départ de la retraite ne peut qu’augmenter dans les années à venir (…) Quand on dit 60 ans, il faut donner des éléments de choix individuels indispensables pour le départ (…) Les paramètres économiques rentrent fortement en considération (…) Les entreprises doivent également assurer un départ à la retraite des salariés conforme aux particularités économiques et aux attentes formulés dans l’avenir » réaffirme François Chérèque.
Thierry Solère - Benoît Thieulin « Le Net, nouvel opium du peuple ? »
Un débat passionnant. Les usages du Net, le bilan de la campagne présidentielle sur Internet. L'accent est mis sur les rouages des débats participatifs dans le cadre de la campagne présidentielle de Ségolène Royal.
Face à la stratégie Internet de l'UMP, Benoît Thieulin défend avec ferveur l'impact de l'expression participative durant la campagne. Il rappelle les méthodes ayant permis à la candidate d'appréhender les contributions déposées par des centaines de milliers d'internautes dans le cadre des sessions participatifs et l'impossibilité de "tracker" toutes personnes suceptibles "d'enrayer" les débats sur le web.
"Nous sommes prêts à réitérer l'esprit et l'emergence des débats participatifs dans cinq ans (...) Une chose est claire, nous n'utiliserons certainement pas les outils du net actuels mais souhaitons conserver l'esprits de la participation du grand public (...) Nous devons continuer à faire emerger l'expression populaire".
Thierry Solère souhaite pour sa part accentuer les usages de l'internet dans le cadre de l'expression politique. Il rappelle simplement "Les colleurs d'affiches sont aussi sur le web".
Jean-Marc Ayrault - Bernard Accoyer « Les députés doivent-ils prendre le pouvoir ? »
Un débat engagé entre les ténors de l'Assemblée nationale. Une salle quasiment pleine. Beaucoup de points d'accords entre des intervenants heureux de débattre ensemble et qui se connaissent bien. "On légifère beaucoup trop et il faut commencer par appliquer les lois existantes avant de voter de nouvelles lois (...) L'image de notre démocratie est affaiblie à l'étranger en raison de notre incapacité à endiguer ce frein (...) Il est toutefois indispensable de réformer le Sénat (...) Arrêtons de faire passer des lois émotionnelles face à l'émotion de l'opinion pour satisfaire une demande immédiate de la société (...) Nous allons contribuer à decevoir le citoyen" déclare Jean-Marc Ayrault.
Bernard Accoyer rappelle avec rigueur la nécessité de "toilletter la Constitution" afin d'accentuer la pérénisation de celle-ci. Il rappelle que la république n'est pas en sursis en France. "Nous légiférons beaucoup trop, beaucoup trop vite mais il faut garder nos deux instances parlementaires, necessaire à la bonne marche de nos institution". Concernant les courants minoritaires, il ajoute "L'entrée des petits partis à l'Assemblée ne contribuera pas à une instabilité gouvernementale et des majorités". Le président de l'Assemblée nationale signale qu'il n'est pas pour le mandat unique principalement en raison de la coupure qui existe entre les élus et le citoyen. Selon lui, le cumul des mandats est le moyen de rapprocher le politique de l'electeur "Cette coupure est effrayante et ne doit pas ressembler à celle du contribuable et de son administration".
Patrick Bloche - Patrick Zelnick « La fin des droits d'auteur ? »
Je termine cette seconde journée du Forum Libéraation par un débat technique sur les rapports ambigüs entre l'industrie et la culture. L'éternel synergie à trouver entre les "fournisseurs de tuyaux" et les "majors". Le sujet de l'industrie musicale est au coeur du débat.
Patrick Zelnick fustige le fait qu'"un seul homme contrôle le prix de la musique en ligne : Steve Jobs (...) Droits d'auteurs et royalties ne sont pas basés sur les mêmes modèles économiques et ceci ne pourra continuer à fonctionner dans les années à venir (...) On assiste à une concentration purement verticale dans l'industrie musicale et les différents partenariats entre fournisseurs de flux musicaux et majors ne permet plus aux auteurs de musique de s'en sortir (...) Finalement, la baisse tant attendue de la TVA ou une TVA unique pour le texte, l'audio et la vidéo va permettre dans les années à venir aux libraires... de vendre des disques !".
Patrick Bloche exprime son désarroi concernant la concentration de l'industrie musicale. Il rappelle les enjeux qui porteront sur le prix que le consommateur est prêt à payer pour un produit culturel. En aparté, il souligne un autre argument "L'autre problème évoqué est le rappel de la comission européenne qui continue de considérer que le disque n'est pas un bien culturel mais un bien industriel".