Il n'est pas rare que notre quotidien nous réserve une surprise. Celle-ci est plutôt amusante et peut en surprendre plus d'un. A commencer par une directrice d'école, des enseignants et des parents d'élèves.
Lundi 16 juin 2008. Après un week-end chargé et une bonne nuit de sommeil bien méritée , mon fils se lève tranquillement vers 7h, déjeune en famille, se lave et s'habille dans sa chambre.
C'est un grand jour pour lui et tous ses petits camarades de classe. Ils ont la chance et l'opportunité de partir en "classe verte" pendant une semaine à Pont-Saint-Esprit (Gard
), au cœur d'un grand domaine, une bastide provençale aménagée pour accueillir des enfants dans des chambres de 2 ou 3 lits, équipées chacune de salle d'eau et sanitaires individuels. Un confort qui en ferait rêver plus d'un.
Préparer une "classe verte" : le parcours du combattant
Ce voyage de fin d'année est organisé par les enseignants de deux classes de grande section (GS) de maternelle à l'Ecole Bizanet (non loin du Musée de Grenoble).
A les écouter, organiser une "classe verte" est un véritable parcours du combattant. Il faut s'y prendre très très tôt (dès le mois d'octobre ou novembre... pour un séjour en juin).
En plus de s'occuper toute la journée de nos enfants en classe et de la logistique d'organisation du séjour semaine après semaine, le corps enseignant est quasi dans l'obligation de se transformer en gestionnaire avisé, adossé à un profil commercial, pour espérer pouvoir partir un jour ou l'autre avec les enfants. Un voyage qui n'aurait pu se faire et se concrétiser sans la ténacité, la volonté et l'audace des jeunes maîtresses, l'énergie de certains parents d'élèves et le formidable soutien tonique de la directrice de l'Ecole maternelle et primaire.
La tâche est compliquée. Sans eux, rien ne peut se faire.
Partir en "classe verte" en 2008 est plutôt inespéré et ce, pour différentes raisons : demander l'autorisation des parents d'élèves, respecter les normes de sécurité en vigueur en milieu scolaire, gérer l'angoisse naturelle de nombreux parents d'élèves (entre ceux qui n'ont jamais eu l'opportunité d'emmener leur enfant en vacances, ceux qui les surprotègent ou ceux qui évoquent la présence éventuelle d'un maniac sexuel sur place en s'appuyant sur l'information des journaux télévisés...), gérer les tracasseries administratives, courir derrière les subventions et obtenir le financement nécessaire...
Payer des impôts, s'entraider pour pouvoir partir
Ce genre d'opportunité de séjour d'une semaine en "pension complète" pour nos enfants permet de rappeler à tous à quoi peuvent également servir nos contributions et impôts locaux.
Pour deux classes de maternelle (environ 53 enfants), le prix total du séjour avoisine... les 11 000 euros : une somme non négligeable. Une moyenne de 205 euros par enfant (certains parents ont deux enfants dans les classes).
Notons que la Mairie de Grenoble prend tout de même à sa charge près de 34% du montant du séjour. Le Conseil général de l'Isère, 12%. L'Ecole, 2%. Les 52% restant sont entièrement à la charge des parents qui doivent se débrouiller pour régler le solde en fonction du quotient familiale de chacun (entre 55 et 160 euros pour un enfant après subventions).
Certains parents d'élèves ont soulevé des difficultés financières. Pour le corps enseignant, tous les enfants doivent partir, sans condition. Des ventes de gâteaux et de plats préparés à la sortie de l'école ont permis ces dernières semaines de répartir et d'abaisser au final les sommes dues et demandées aux parents d'élèves : des idées, de la volonté et une solidarité active, partagée, indispensable, ont permis à tous les enfants de partir ensemble en séjour.
Embarquement... à destination ?
Le grand moment du départ en "classe verte" arrive. Il est 8h45. Le personnel enseignant invite tous les parents d'élèves, enfants et leurs bagages à se rendre devant l'entrée de l'école pour attendre l'arrivée du car scolaire.
Vers 9h10, un car de couleur vert arrive sur les lieux et se gare. Le chauffeur descend, ouvre les soutes à bagages. Une à une, les enseignantes de chaque classe invite respectivement les parents d'élèves à déposer les bagages dans les soutes et à faire monter les enfants dans le car après une premier pointage. La directrice de l'Ecole est là, s'active avec ferveur et charge à elle seule la moitié des sacs et valises des enfants.
Sur le quai d'embarquement, la joie et l'angoisse se lient sur les visages des parents. A travers les vitres, les enfants s'excitent à l'idée de partir, font gentiment les pitres tandis que d'autres appréhendent la séparation et pleurent dans le car.
Pour clôturer la scène, je profite de l'occasion pour plaisanter avec quelques parents légèrement inquiets de voir partir leurs enfants une semaine durant laquelle toute communication directe est volontairement interdite. Je lance quelques boutades "Eh mais, vous avez vu, les pneus du car à l'avant sont lisses [1] (...) La, c'est bon, regardez, ce car est homologué, on leur met la ceinture à l'intérieur (...) Vous savez que le chauffeur s'est arrêté à l'Ile Verte pour boire un petit blanc avant de venir ?". Rien de tel pour décoincer quelques connaissances.
Juste au moment où le chauffeur ferme les soutes et s'apprête à monter dans le car pour partir à destination, il reçoit un appel sur son mobile.
Visiblement, il y a un problème. Le conducteur s'est trompé d'école.
Un car peut en cacher un autre...
La directrice de l'Ecole, les accompagnateurs et les enseignants n'en reviennent pas. Le chauffeur était prêt à emmener les enfants... je ne sais où. Lui même n'a pas eu le moindre doute au moment d'embarquer des centaines de kilos de bagages dans ses soutes. Sans ce coup de fil, les enfants et leur maîtresse seraient partis... peut être dans le nord...
Pire : les gens se sont rendus compte que le "bon car" n'était finalement toujours pas arrivé sur place. A peine 2 minutes plus tard, le car jaune "TransIsère" du Conseil Général de l'Isère arrivait enfin devant l'Ecole.
Conscient du retard pris sur l'horaire, pour dissimuler au mieux à la fois l'état d'angoisse immédiate des parents et l'incompréhension des enfants qui se voyaient obligé de redescendre du premier car, les parents d'élèves ont formé instinctivement sur le parvis une file indienne entre les deux cars. Chacun faisant rapidement passer la totalité des bagages d'une soute à une autre [2].
En moins de 3 minutes, corps enseignant, bagages et enfants étaient prêt à partir... pour la bonne destination... dans le "bon car".
Sur le moment, hors de toute plaisanterie cette fois, je fais remarquer aux parents que le car jaune "TransIsère" à l'air plus récent que le précédent car vert. Ses pneus sont neufs et crantés.
Aux dernières nouvelles, tout le monde est arrivé à bon port. Il paraît que le domaine est magnifique. Dans le sud, il fait beau : les enfants sont déjà partis se promener dans la campagne.
Volontairement éloignés de leurs parents pendant une semaine, sans contact ni communication directe, ces enfants âgés de 5 et 6 ans vont apprendre à vivre ensemble une expérience unique à la campagne. Vu le prix du séjour, jamais ils n'auraient pu partir sans l'aide de l'Ecole, de son personnel motivé... et le soutien des collectivités.



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