Depuis quelques mois, dans la sphère médiatique locale, un bruit n'en finissait plus de courir concernant l'arrivée possible, certaine ou imminente sur Grenoble du numéro 1 de la presse quotidienne nationale.
Rumeurs confirmées de mon côté depuis quelques semaines déjà par un intermédiaire bien placé.
Le quotidien 20 Minutes (papier + web) a commencé à être distribué gratuitement ce lundi 31 mai à Grenoble.
Invité au lancement du journal ce même jour, j'ai pu échanger avec des responsables du quotidien, appréhender leur stratégie et mieux déceler une partie de leurs ambitions sur Grenoble.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que 20 Minutes n'arrive pas les mains vides. Le quotidien a visiblement pris l'habitude de se déployer... avec une certaine agilité sur le terrain.
L'armada 20 Minutes, en chiffres
Déploiement : 105 journalistes travaillent pour le titre. Le 29 mars dernier, 20 Minutes ouvrait sa 9ème édition locale à Nice. Aujourd'hui, la 10ème édition se déploie sur Grenoble. Deux nouvelles éditions devraient être propulsées ultérieurement. Selon mes sources, la 11ème pourrait arriver sur Montpellier à partir de 2011.
Positionnement : 20 Minutes, c'est le n°1 de la presse quotidienne nationale sur les 25-49 ans (50% du lectorat), les femmes (48% de lectrices) et les actifs (69% du lectorat). C'est également le 4ème site web d'information en France (hors agrégateurs) avec 4,38 Millions de visiteurs uniques en avril 2010.
Répartition : Selon les chiffres communiqués par le journal, 2,7 millions de lecteurs lisent chaque jour le quotidien en France (dont 1,34 millions de 25-49 ans). En répartition, 69% d'actifs, 20% d'étudiants et 11% d'inactifs/retraités. Le gratuit 20 Minutes attire 27% des 15-24 ans (contre 15% au total dans la Presse Quotidienne Régionale), 23% des 25-34 ans (15% PQN), 27% des 35-49 ans (25% PQN), 23% des + de 50 ans (45% PQN).
Rapporté à la PQN, 20 Minutes réussit à attirer chaque tranche d'âge de manière équilibrée.
Ligne éditoriale : la nécessité et le plaisir
Yvon Mézou, Directeur de la rédaction (ex-Secrétaire général de la rédaction du Progrès de Lyon, ex-Rédacteur en chef du Parisien - Aujourd'hui en France) et Pierre-Jean Bozo, Président et Directeur de la publication de 20 Minutes ont exposé leur démarche d'introduction du journal gratuit sur Grenoble.
"Compte tenu de la population grenobloise, il était logique que nous venions à Grenoble (...) Nous sommes dans une logique d'apport d'une autre information (...) 20 Minutes n'est pas un quotidien d'opinion, nous sommes un quotidien d'information, notre ligne est non partisane (...) Nous avons une ligne éditoriale pour le print, une pour le web (...) Nous répondons à un double appel (...) L'appel de la nécessité, ce que doit savoir le lecteur en début de journée pour intégrer une vie sociale, tisser du lien social et la réponse du plaisir pour relever les choses" explique avec soin Pierre-Jean Bozo.
"On veut être plus un journal local qu'un journal national qui arrive (...) Et je sais ce qui se passe ici à Grenoble" ajoute Yvon Mézou, originaire de Chambéry.
Sur le papier, la ligne éditoriale de 20 Minutes est tournée vers l'information essentielle (ce que doit savoir le lecteur chaque matin avec un zeste d'information "people") et l'information servicielle (fournir le plus d'information pratique et le plus de services possibles). Au niveau local, le journal souhaite développer du contenu de proximité, économique, culturel et sportif. Une double accessibilité à l'information à la fois géographique et intellectuelle.
Sur le web, la philosophie du quotidien est de retransmettre en continu une information certifiée le plus rapidement possible. "Nous ne sommes pas un site de presse sur Internet, nous sommes un site de radio (...) Nous avons des dispositifs techniques qui nous permettent d'incruster en temps réel du contenu média sur le web" tient à préciser le Président de 20 Minutes.
L'édition 20 Minutes sur Grenoble
Le quotidien compte rapidement tirer 20000 à 25000 exemplaires sur Grenoble avant de monter progressivement en charge (35000 selon InterMédia).
Pour des questions budgétaires et de positionnement, 20 Minutes s'appuie sur l'agence de presse lyonnaise Pleins Titres en matière éditoriale. Comme sur Lyon, la régie est assurée par Cojecom.
L'équipe locale est composée de 4 journalistes permanents sur Grenoble "pilotés" de Lyon (chacun étant spécialisé dans un domaine rédactionnel) sous la responsabilité d'un Rédacteur en chef en charge des régions - et de quelques pigistes (2 pour commencer).
Côté exploitation, 20 Minutes s'appuie sur près de 50 points de distribution sur Grenoble (points de colportage, lignes de bus et de tramway, sites universitaires et d'entreprises...).
La grille du premier numéro de 20 Minutes sur Grenoble est la même que celle des autres éditions locales. Elle est composée de 24 pages dont une vingtaine réservée aux contenus : 3 ou 4 pages Grand Grenoble et Grenoble Sport, 4 pages France, 2 pages Monde, 1 page Economie, 1 page Pause (jeux, horoscope...), 1 page High-Tech, 1 page Culture, 2 pages TV-Médias, programme TV de la soirée et 2 pages Sport.
En fonction de l'actualité grenobloise, Pierre-Jean Bozo confirme la possibilité d'étendre le contenu local dans l'édition papier. Sans compter la publication hebdomadaire de suppléments ou dossiers nationaux (prévue dès cet automne sur Grenoble).
Une arrivée attendue pour certains, redoutée pour d'autres
Dans une salle comble du très chic restaurant gastronomique Fantin Latour [1] à Grenoble, de nombreux institutionnels, communicants et journalistes invités pour l'occasion avaient fait le déplacement. Tantôt pour "faire bonne figure" ou pour répondre à leurs préoccupations liées à l'arrivée du quotidien. Tantôt pour accueillir sans modestie à bras ouverts le lancement du quotidien et échanger de nombreux contacts professionnels.
L'arrivée plus ou moins inattendue de Michel Destot et de Michel Issindou, respectivement Député-Maire de Grenoble et de Gières lors de ce petit-déjeuner fut particulièrement remarquée par la direction du journal.
"Je reste assez perplexe sur l'arrivée à Grenoble mais bon, on attend de voir" me disait récemment un Maître de conférences spécialisé dans le domaine des médias. "Pour nous, c'est une bonne chose l'arrivée de 20 Minutes (...) On va pouvoir communiquer davantage sur Grenoble sur nos sujets et en même temps faire remonter notre info locale par leur canal national" m'expliquait l'une des responsables Presse d'une grande école. "Ça va enfin faire bouger le microcosme médiatique Grenoblois qui se regarde le nombril et changer la donne, je l'espère" me confiait également sur place une amie journaliste.
Comme je le disais en introduction, le quotidien gratuit 20 Minutes n'arrive pas les mains vides.
D'une part, l'agence Cojecom qui travaille avec le quotidien connait bien le marché de la presse grenobloise puisque c'est elle qui s'est occupée jusqu'en décembre 2009 de l'édition papier du titre Grenoble&Moi (actuellement recentré sur le web). D'autre part, l'arrivée "anticipée" du quotidien sur Grenoble coïncide avec une volonté de prendre ses marques durant la période estivale durant laquelle de nombreux médias locaux sont en "stand by".
Une nouvelle rivalité s'annonce entre les médias locaux.
Elle ne fait que commencer. Elle a déjà commencé...
Notes
[1] pas assez de chaises pour tout le monde



Juste avant d'aller voter ce dimanche 14 mars 2010 [
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