Lorsque nous rencontrons une "vieille" connaissance dans la rue que nous n'avons pas vu depuis un certain temps, les premiers échangent s'orientent respectivement sur... la pluie et le beau temps... la situation de la famille et des enfants et surtout... le boulot :
"Et ton boulot alors... comment ça va..? Ça se passe bien ? Tu fais quoi et t'es où maintenant ? (...) Ah oui, je vois, tu as bien fait de changer (...) Tu sais les patrons, moi je connais (...) Alors, si ça gagne mieux, profites-en bien..."
(Sous-entendu, sourire crispé, il a une meilleure situation que moi, ben mince alors, je pensais pas qu'il pouvait...)
Questions récurrentes qui en agacent plus d'un, que le confort professionnel ou la rémunération soient ou non au rendez-vous.
En France, la question de la rémunération est taboue
Contrairement à la culture anglo-saxonne, il est toujours difficile de parler de ses revenus à autrui dans notre pays. Le sujet est relativement banni. Quand je suis allé aux États-Unis
et en Angleterre
, je me suis rendu compte que les gens avaient plutôt tendance à apprécier la rémunération d'une personne en fonction de ses capacités et sa réussite professionnelle. Sur place, le sujet est accessible : mérite et réussite, chose effective, chose due.
En France, quand une personne signale à une autre qu'elle a un job (une seule activité, un employeur), tout va bien. Mais lorsque qu'elle argumente le fait d'avoir plusieurs activités professionnelles, il arrive que la situation soit parfois mal comprise, voire... suspecte.
Le courage et la transparence d'un élu
Certains choisissent de s'affranchir du contexte et de surpasser les usages.
Chose plutôt très rare de nos jours, un élu local a décidé de publier en toute transparence sur son blog des informations relatives à ses indemnités et ce qu'il perçoit dans le cadre de sa mission à la Mairie de Grenoble.
Jeune élu siégeant à la municipalité de Grenoble depuis environ 4 mois, Stéphane Gemmani est Conseiller municipal délégué à l'Accessibilité, à la Prévention et à la préconisation sociale. Il fait partie d'un groupe de 6 élu(e)s (MODEM) dans la majorité municipale conduite par Michel Destot (PS), député-maire de Grenoble .
Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'élu a choisi la clarté, de jouer la carte de l'objectivité et de repousser certaines limites.
Sur son blog, il s'en explique de la façon suivante : "Face à un certain discrédit fortuitement entretenus vis à vis des responsables politiques (de toutes tendances) je considère qu'il est indispensable d'être totalement transparent sur tout ce qui concerne le financement des campagnes électorales et les indemnités que perçoivent les élus dans l'exercice de leur mandat (...) En ce qui me concerne, les choses sont claires (...) Chaque mois, j'éditerais mon bulletin d'indemnité, et vous tiendrez au courant de mes finances par soucis de transparence".
Notons que c'est l'élu qui décide de publier ses bulletins d'indemnité dans l'exercice de son mandat en direction du grand public. A l'inverse, obtenir le bulletin d'un élu auprès de la collectivité n'est pas une mince affaire : initialement, la requête est souvent mal perçue et l'obtention n'est pas considérée. En Conseil municipal, le maire communique aux minima les "fourchettes" d'indemnités prévues pour les attributions en début de mandat.
Ainsi, l'élu a perçu [1] en avril 2008 la somme net de 1089 euros sur une base de 151 heures en tant qu'"Elu Municipal EM - Conseiller municipal délégué". En mai, 1181 euros. En juin, 850 euros.
L'image et le statut de l'élu(e)
Difficile de faire mieux... en matière de transparence.
Ce qui paraît logique, normal est naturel pour l'élu, c'est de communiquer chaque mois une indemnité... en provenance de l'argent public.
Le geste de l'élu n'est pas anodin.
Entre les commissions, les délégations et détachements, les attributions et autres prérogatives, il faut savoir que de nombreux élus ne sont pas toujours indemnisés à juste titre pour l'ensemble des missions et travaux effectués. Certains ne comptent plus les heures passées pour préparer une courte réunion entérinant une simple décision. D'autres siègent dans des lieux ou commissions dans lesquelles ils ne perçoivent aucune indemnité. Avec parfois toutes les difficultés qui s'imposent, d'autres décident en marge de continuer d'exercer leur principale activité professionnelle.
A mon sens, il y a deux types d'élus : ceux qui ont la possibilité de choisir les missions qui "rapportent" (jusqu'à un certain "plafond" d'indemnité cumulée) et ceux qui choisissent celles qui les intéressent en priorité et par vocation en dehors de tout schéma "pécunier" exigeant.
Une chose est quasi certaine : en matière de rétribution et d'attribution, le statut de l'élu n'est pas très claire.
A commencer par le manque flagrant de communication sur l'ensemble de ses prérogatives, ses indemnités et avantages perçus vis à vis de la population. Elle a tendance à considérer qu'il vit dans dans une bulle financière, une forme de caste où un système de cooptation est de rigueur, où les uns aident et soutiennent les autres, où les passe-droits sont communs. Dans ces conditions, on comprend qu'il est difficile de publier ses indemnités alors même que dans quelques pays d'Europe du nord, la publication fait partie des usages. Et bizarrement, il y a moins de problèmes qu'en France sur le sujet.
En parallèle et pour aller plus loin, il serait souhaitable que l'élu siégeant à la municipalité de Grenoble liste brièvement les missions pour lesquelles il est rétribué (et aussi celles où il ne l'est pas) afin de mieux informer les électeurs et citoyens sur ce qu'il fait : gage complémentaire de reconnaissance, gage supplémentaire de représentation et d'engagement citoyen.
"Vous m'avez élu... désormais, je vous représente... voici donc mes attributions... et les indemnités perçues correspondantes... avec votre argent".
Difficile de faire plus simple ? Et pourtant...
Elu(e)s à la mairie de Grenoble, à la Métro, au Conseil général de l'Isère et consorts...
.... à qui le tour ?
Notes
[1] cliquez sur le montant pour voir le bulletin






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