Jeudi 12 juin 2008, je suis allé à la rencontre de Geneviève Fioraso, députée de la première circonscription de l'Isère.
Autour d'un petit déjeuner, l'ancienne assistante parlementaire d'Hubert Dubedout recevait quelques journalistes dans les locaux de sa permanence parlementaire, rue Voltaire à Grenoble.
Visiblement fatiguée et marquée par plusieurs sessions de travail parlementaires qui ont durée jusqu'à 2 heures du matin la veille et ces derniers jours, après avoir sauté dans un avion et pris un véhicule, la députée rejoint sa permanence locale pour dresser un bilan personnel sur sa première année de mandat à l'Assemblée nationale.
Accroître la visibilité du travail parlementaire au niveau local
En introduction, Geneviève Fioraso évoque les difficultés qu'elle rencontre pour améliorer la lisibilité du travail parlementaire au niveau local et souligne l'omniprésence médiatique de certains députés. "A l'Assemblée, les journalistes ont leurs interlocuteurs préférés, ils se parlent entre eux et se démarquent les uns des autres par des petites phrases pour la presse nationale (...) Du coup, on est jamais sur le fond des dossiers et au final, personne ne sait vraiment ce qu'on fait (...) Quand on est de plus dans l'opposition, on a encore moins de visibilité" explique la 7ème Adjointe de la ville de Grenoble.
Sur la forme, le bilan de cette première année à Paris reste contrasté. "Sur un an, on a passé beaucoup de projets de loi, les 3/4 en urgence alors que l'urgence ne se justifiait pas la plupart du temps (...) En menant des débats précipités, on les amène à les traiter de façon binaire (...) Sur l'exemple des OGM , du coup, on est contraint de traiter la question de façon passionnelle, entre les pour et les contre" souligne la députée de l'Isère.
Au sein des membres de la majorité parlementaire, beaucoup se plaignent de la méthode et du rôle dévolu au Parlement au moment où les conditions de travail au palais Bourbon ne sont pas toujours réunies.
Partant de ce postulat, Geneviève Fioraso souhaite faire connaître ses intentions et communiquer sur sa vie parlementaire au niveau local. Elle lance un nouveau blog sur lequel elle souhaite relayer ses interventions, travaux, projets et débats à l'Assemblée nationale. Ces jours-ci, elle publie notamment une lettre intitulée "Réal-iser" distribuée aux habitants de la première circonscription de l'Isère.
"Réal-iser" est également le nom d'une nouvelle association ayant pour but d'informer ses membres sur les réunions, actions locales et activités de la députée de l'Isère.
LME et réalités économiques sur le terrain
Sur le fond, Geneviève Fioraso revient sur le débat de la Loi de Modernisation de l'Economie (LME) actuellement en discussion à l'Assemblée et dans laquelle elle prend part.
"Dans le domaine qui me concerne, l'économie, je suis frappée par le manque d'ambition" ajoute la députée qui signalait déjà il y a quelques mois sur GreBlog "A droite comme à gauche, beaucoup d'élus à l'Assemblée ont une méconnaissance de l'économie, beaucoup sont assez loin de la réalité".
Geneviève Fioraso revient sur ce qui pénalise aujourd'hui l'économie française et ce qui pénalise d'obtention d'un point de croissance supplémentaire. "En France le problème, c'est qu'on a des PME - PMI trop petites qu'on arrive pas à faire grossir au delà de cinquante".
Selon elle, la loi LME ne prend pas la mesure des freins à la croissance de ces entreprises génératrices d'emplois. Des leviers existent, tels que les aides à l'innovation technologique, organisationnelle ou commerciale, le renforcement ou l'apport nécessaire en capital et des mesures visant à soutenir l'exportation.
"L'autre problème aujourd'hui dans notre pays, on a d'un côté les grands groupes, de l'autre, les PME - PMI (...) En Allemagne, ça fait des années que çà marche ensemble, entre les instituts et le monde de l'entreprise (...) En France, on ne sait pas irriguer les petites entreprises avec l'innovation alors qu'on sait que c'est çà qui fait de la plus-value" explique l'élue tout en révélant que la loi LME n'en prend pas le chemin.
"Small is beautiful"
"Small is beautiful (...) Entreprise, vous êtes petite, restez petite, on vous protège, vous et votre patrimoine". C'est en ces termes que la députée de l'Isère explique à demi-mot les objectifs visés par la loi LME.
Outre le fait que les mesures concernant la transmission d'entreprises ou la simplification administrative restent cohérentes, elle ajoute qu'on cherche toujours à valoriser ou protéger le patrimoine par rapport à l'esprit d'entreprise. Il est difficile pour une entreprise de grossir puisque le message à faire passer aux chefs d'entreprise porte essentiellement sur son patrimoine.
"On est dans un truc assez poujadiste, c'est démodé (...) La modernité, c'est allier la croissance, les liens entre les entreprises, le dialogue social et le développement durable (...) J'ai l'impression qu'on a pas tellement confiance ni dans les entrepreneurs, ni dans notre faculté à retrouver de la croissance, c'est valable pour la droite et la gauche" argumente Geneviève Fioraso.
Le cumul et la difficulté d'exercer son mandat
Geneviève Fioraso explique qu'il est précieux de disposer à la fois d'une expérience nationale et locale de terrain. "Sinon, on est déconnecté, on fait des projets de loi conceptuels, simplistes ou idéologiques (...) Pour avoir un non cumul, il faudrait à ce moment là, changer le statut de l'élu (...) On se rend compte qu'à l'Assemblée, il y a peu de diversité sociologique et de gens qui travaillent en entreprise à la base (...) Les députés pourraient facilement choisir de rester à Paris au lieu d'aller sur le terrain, on leur donne tout ce qu'il faut pour rester sur place" souligne t-elle.
Membre de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, la députée socialiste de l'opposition évoque la difficulté de faire passer des amendements tout en admettant qu'il est plus qu'indispensable de maintenir ses engagements. "Au niveau local, j'ai l'habitude qu'on avance tout de suite sur les dossiers (...) A Paris, c'est plus lent, donc pour moi, c'est frustrant, mais on arrive quand même à mettre des points" ajoute t-elle.
L'école, l'orientation et l'Université
Geneviève Fioraso estime qu'il est important de mettre l'accent sur l'éducation tout en misant sur une "orientation intelligente" des élèves. Approfondir l'apprentissage des langues à l'école ou dans la vie active est une nécessite. "En France, on a un système trop rigide (...) Au Parti Socialiste, je trouve qu'on est pas suffisamment courageux et on ne porte pas assez les questions d'éducation" avoue la députée.
Sans détour, elle rejoint les propos du Président de la République concernant les problèmes d'orientation des étudiants dans les Universités.
"On a fait croire qu'avec le vieillissement de la population, on aurait besoin de beaucoup de Psy dans le domaine de la gérontologie (...) Qu'on empêche pas les gens de faire Psycho mais est-ce que c'est normal d'accueillir 1000 étudiants en Psycho quand on sait qu'il n'y aura pas de place ou de poste pour eux (...) Sarkozy ou nous, je pense qu'on peut faire les mêmes constats comme sur les PME -PMI qui ne sont pas assez grosses, après il faut se donner les moyens (...) Ca peut être de la sélection par voie d'orientation" explique t-elle.
Les dossiers en cours sur la 1ère circonscription de l'Isère
Au niveau local, la députée continue de s'investir sur les dossiers qu'elle connaît bien dans ses domaines de prédilections.
Elle évoque l'urgence de la requalification d'Innovallée Meylan. "Plus de 3000 emplois perdus lors du dernier mandat, ils sont allés par exemple à Montbonnot (...) 17 classes fermées à Meylan (...) Sur Innovallée, il faut faire exactement comme ce qu'on a fait sur Bouchayer-Viallet, un état des lieux, de la mixité logements et activités sinon on arrivera pas à financer (...) On peut en faire une zone d'activité intercommunale" explique la députée.
Le second dossier est l'établissement de passerelles entre les différentes communautés existantes dans le domaine du logement et des transports.
Le troisième dossier est celui de la ligne du tram E. Les études sont lancées. La ligne doit passer par le cours Jean Jaurès. Sur Meylan, le choix n'est pas encore fait mais Geneviève Fioraso ajoute "Pour que la ligne marche, on a intérêt à passer là où il y aura des logements collectifs, de l'activité, de la densité (...) C'est quand même le principe du développement durable, on dessert pas les pavillons, on dessert plutôt là ou on mutualise".
Après l'avoir rencontré peu après sa victoire aux dernières élections législatives, Geneviève Fioraso confirme de nouveau son attachement au Palais Bourbon et son engagement au niveau du local. Femme de terrain, elle arbore avec enthousiasme sa volonté de faire remonter des expériences Grenobloises et des initiatives locales auprès des différents Ministres qu'elle rencontre même si elle avoue qu'il n'est pas facile de se battre pour proposer ou faire passer des amendements.
En audio, interview de Geneviève Fioraso (conjointement, France Bleue Isère, Radio Nostalgie, GreBlog MonGrenoble)



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