Article du 21, maj le 22/10/09.
Mercredi 21 octobre 2009, Martine Aubry, 1ère Secrétaire du Parti Socialiste (PS) était à Grenoble dans le cadre de la 4ème étape du "Tour de France du Projet" des socialistes intitulée "La France qu'on Aime".
Pour le PS, il s'agit d'ouvrir un grand chantier de réflexion en collaboration avec ses militants et des acteurs de la société civile afin d'élaborer son projet de reconstruction, de "rénovation" au sein du parti et de préparer au mieux les prochaines échéances électorales.
Pour Martine Aubry, l'un des principaux objectifs de cette journée marathon était d'aller principalement à la rencontre des militants et sympathisants qui ont pu dialoguer et échanger avec elle lors d'une grande réunion participative organisée à l'espace Pelvoux, Alpexpo Grenoble.
Une arrivée mouvementée, entre bousculade et petits accrochages
A l'extérieur de la gare de Grenoble, les véhicules officiels métallisés prennent position le long du parvis. Les hommes de l'encadrement se tiennent prêts, oreillette à peine dissimulée, micro caché dans une manche.
A l'intérieur de la gare, une moitié du service d'encadrement se tient prêt. Progressivement, les voyageurs détournent leur regard vers l'entrée du hall de gare et s'interrogent sur ce remue-ménage. Petit à petit, la pression monte et certains voyageurs commencent discrètement à interroger des porteurs de caméra. Sur place, les journalistes... face aux autres journalistes, font mine de s'activer en réglant une dernière fois leur matériel. Sur place, chacun commence à s'impatienter.
Progressivement, élus, représentants et médias se dirigent vers le quai, voie A.
12h34 : le TGV de 12h33 entre en gare de Grenoble. Sur le quai, c'est l'effervescence totale. En quelques secondes, les voyageurs sont relayés au second plan.
Une meute une jungle de journalistes, caméramans, photographes et autres prend d'assaut la surface des quais à la recherche du meilleur positionnement alors que le train ne s'est toujours pas arrêté en gare de Grenoble. Un représentant fait un simple signe et indique la rame dans laquelle se trouve Martine Aubry. Tout le monde se met à courir. Le service d'encadrement est déjà débordé.
"Pfff... c'est du gros n'importe quoi, c'est quoi ce bordel" souligne une jeune journaliste retirée près du mur avec son trépied de caméra. Pour elle, c'est déjà trop tard pour les premières images. Dans ce bouillonnement général, il est toujours appréciable de pouvoir se faufiler discrètement avec un Médiaphone de toute dernière génération [1] pour filmer.
Première étape de sa visite à Grenoble.
Au côté de Martine Aubry, Michel Destot tente de calmer la meute, sans grand succès. Accompagnée de Jacques Chiron, Geneviève Fioraso, Bernard Soulage et Erwann Binet, la 1ère Secrétaire du PS se rend à l'espace "OùRa" pour découvrir le fonctionnement de la carte dans la région Rhône-Alpes.
En sortant de l'espace "OuRà", la 1ère Secrétaire, partiellement outrée par leur attitude, interpelle directement quelques journalistes pour une petite leçon de courtoisie et... de bon sens. Sous la lumière des projecteurs, Martine Aubry n'est pas d'humeur à plaisanter.
A l'extérieur, les premiers accrochages verbaux entre journalistes et personnel d'encadrement résonnent. "Laissez-moi entrer... je fais que mon boulot moi (...) Mais pourquoi il est rentré lui (...) S'il vous plaît, arrêter, ça ne sert à rien de vous mettre là (...) Vous avez toute la journée pour faire des images".
Pitoyable.
Ma vidéo : Arrivée de Martine Aubry à Grenoble, bousculade, interview improvisée, déplacement en Tram et... restauration.
Vidéo plein écran : un clic sur la flèche ci-dessus
Martine Aubry sort de la gare et emprunte un parcours... taillé sur mesure. Pas question de monter pour le moment dans un véhicule officiel.
Quoi de plus sympathique que de prendre le tram B pour démontrer l'usage de la carte "OùRa" et se rendre en même temps au centre-ville de Grenoble pour déjeuner à midi dans un bon restaurant plutôt discret [2] avec ses ami(e)s, loin des regards fougueux des journalistes.
Dans l'après-midi, l'ancienne Ministre de l'Emploi et de la Solidarité a visité l'Institut des Neurosciences de Grenoble. Vers 15h, elle a vraisemblablement eu le temps de rejoindre quelques journalistes "sélectionnés" pour une interview.
Conférence de presse de Martine Aubry
Au coeur du programme de sa journée marathon, Martine Aubry s'est adressée aux médias juste avant de rejoindre les militants et sympathisants socialites au 1er étage de l'Alpexpo Grenoble, salle Pelvoux, peu après 18h.
Mon flux audio : ci-dessous, enregistrement complet de la conférence de presse, questions et réactions concernant le projet de société et l'avenir du PS, le positionnement du parti, la politique actuelle du gouvernement...
Sur les traces de Ségolène Royal ?
Durant près de 2h, la fille de Jacques Delors s'est exprimée devant un panel de militants et sympathisants. Les 500 chaîses initiatement prévues pour les accueillir n'ont pas suffit. En tout, la salle de l'Alpexpo devait contenir près de 600 ou 700 personnes.
Martine Aubry s'est plongée dans un exercice de style qui n'est pas sans rappeler celui propulsé par Ségolène Royal lors de la précédente campagne présidentielle de 2007.
Les ingrédients utilisés sont tellement proches et similaires...
Une personnalité "starisée" mise en valeur au coeur du dispositif, accompagnée d'un médiateur ou modérateur chargé de recadrer, de stimuler le jeux des questions - réponses à ses côtés. Un systéme de vidéoprojection mis en place pour permettre à tous de suivre en direct le déroulement de la réunion participative. Un espace ouvert laissant entrer la lumière orientée, focalisée sur la personnalité. Des élus locaux placés avec soin à quelques centimètres de l'invité principal. Une série de tables équipées de belles lampes, de connectiques dédiées pour accueillir convenablement la presse sur un côté.
Une ambiance, une mise en perspective des ingrédients qui nous rappellent irrémédiablement l'atmosphère d'un enregistrement d'une émission de télévision... en direct.
"On attend qu'ils nous disent ce qu'ils attendent de nous"
Le public a profité de la présence de Martine Aubry pour l'interpeller sur de nombreux sujets de société.
Sans rentrer dans les détails, il s'est attardé sur des questions relatives à l'accès à la CMU, le maintien de la laïcité, la réorganisation de l'armée, l'absence de fraternité, le manque de solidarité, l'avenir de la recherche fondamentale, le niveau de consommation, le travail le dimanche, l'investissement dans les entreprises ou le devenir des petits commerçants et surtout...
...le projet et l'avenir du PS.
Pêle-mêle, quelques réactions convergentes relevées dans le public sur ce dernier point.
"Pour moi, le modèle de la droite, c'est d'améliorer l'économie alors que pour moi, le modèle de la gauche, c'est d'améliorer la vie des gens (...) Vous faites souvent allusion aux propos de Nicolas Sarkozy mais en retour, vous faites quoi pour améliorer votre situation et la nôtre ? (...) Nous on est prêt à vous aider alors dites nous ce qu'on peut faire concrêtement (...) Quand allez-vous avoir un programme ambitieux ? (...) Au nom de la diversité, vous êtes complêtement perdu et nous, on voudrait une vraie gauche" souligne le public.
En réponse, Martine Aubry cherche plutôt à dresser un bilan général de la situation actuelle du pays tout en se référant à l'actualité.
"Le problème, c'est que maintenant, le bonheur dans notre société, c'est d'avoir, d'avoir et encore avoir (...) Pour nous, l'écologie ne doit pas être distinct du social (...) Notre société n'a pas d'avenir parce qu'elle ne laisse plus la place aux jeunes (...) Quand on renvoit par avion des gens dans leur pays d'origine alors que nous sommes présents sur place..."
Une des rares propositions émises par Martine Aubry durant la soirée porte sur l'imposition des entreprises. Elle propose notamment que l'impôt sur les sociétés soient proportionnel à l'engagement de réinvestissement des entreprises.
Dans ces conditions, difficile de mettre en phase les réactions du public avec le discours coordonné tenu par la 1ère Secrétaire du Parti Socialiste.
"On va à la rencontre des Français (...) Ce qu'ils attendent, c'est de redonner un sens à la société (...) On ne se retrouve plus dans la France (...) Qu'est-ce qu'on attend des citoyens ? (...) On attend qu'ils nous disent ce qu'ils attendent de nous (...) Il ne faut pas être impatient, il faut être sérieux" rappelle Martine Aubry lors de sa conférence de presse [3].
Face à l'impatience des militants, l'élaboration du programme du PS dans le cadre de sa "rénovation" risque de prendre effectivement... beaucoup de temps.





