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2010

Offre éditoriale de proximité sur Grenoble : le difficile pari de la presse locale

greblog satellinet Depuis environ une quinzaine d'années, le quotidien de l'audiovisuel Satellifax publie une lettre qui traite chaque jour de l'actualité de l'audiovisuel et des médias sur le plan national et international.

Lu quotidiennement par plus de 8000 acteurs issus du monde de l'audiovisuel, de la production et par de nombreux institutionnels, la société éditrice a propulsé en décembre 2009 son nouvel opus : Satellinet.

Satellinet [1] est une nouvelle lettre d'information hebdomadaire payante (abonnement 1080€ HT/an) sur la communication et les médias en ligne qui décrypte les tendances qui feront les médias en ligne de demain.

Dans sa lettre n°3 et sa rubrique Médias d'information en ligne, Satellinet tente de décrypter les enjeux de l'information locale et de l'hyperlocale.


Hyperlocal : rapprocher l'information des lecteurs


Satellinet dresse un panorama national des sites locaux d'information qui proposent une offre éditoriale de proximité et qui parfois, entre en concurrence avec les médias traditionnels.

"Longtemps restée le monopole des journaux locaux, l’information de proximité s’ouvre aujourd’hui à la concurrence d’internet. Greblog.net à Grenoble, Alter1fo.com à Rennes ou encore DailyNeuvième.com dans le IXe arrondissement de Paris : des dizaines de ces « nouveaux médias locaux » sont aujourd’hui référencés dans Google Actualités" explique Satellinet.

A l'origine, ce besoin de rapprocher l'information des lecteurs vient principalement des Etats-Unis où de nombreux sites d'information indépendants (blogs, site web hyperlocal, de quartier..) ont su progressivement attirer un panel de "nouveaux" lecteurs... ignorés, délaissés, parfois méprisés par les rédactions des grands titres de presse.


Les médias traditionnels investissent dans le local


Face aux nouvelles offres éditoriales de proximité qui ont su au départ capter l'attention et capitaliser une partie des attentes des lecteurs sur la toile, nombreux sont les médias traditionnels qui, après avoir été longtemps réticent à investir la moindre somme d'argent dans l'hyperlocal, tentent d'ouvrir une brèche pour s'imposer avec plus ou moins de réussite sur les nouveaux créneaux de l'information locale.

Et Satellinet dresse un éventail d'expériences en cours ou à venir sur le web local.

Avec ses LibéVilles, Libération choisit par exemple de traiter l'actualité locale dans huit grandes villes françaises. Les gratuits 20Minutes ou Métro sont également positionnés sur le web local dans de grandes agglomérations et propulsent depuis pas mal de temps des blogs locaux en direction de leurs lecteurs. Le réseau MaVille publie des informations locales sur 81 villes dans l'hexagone en partenariat avec des quotidiens régionaux. Du côté du MidiLibre, une expérience visant à regrouper sur une même plateforme des blogs de correspondants locaux du quotidien a été lancée sur 24hactus. Prochainement sur Montpellier, Nîmes et Béziers, des blogs locaux couvriront les quartiers de ces villes sous la couverture des Journaux du Midi. Dans le cadre le la réforme audiovisuel, France 3 étudie la possibilité de lancer pas moins de 24 WebTv locales propulsées sur l'Adsl avec une volonté de jouer la carte de la participation citoyenne au niveau de la réalisation des programmes.


Du côté de Grenoble


Du côté de Grenoble, la course en quête de parts de marché continue de plus belle.

Disons-le clairement, elle ne fait que commencer.

Il y a ceux qui se sont introduits sur le marché local existant pour le bousculer, grappiller au passage des parts conséquentes ou se positionner sur de nouvelles niches... et ceux qui tentent et tenterons de s'accrocher... pour survivre.

Après une tentative d'introduction épisodique sur le pavé, Direct Soir n'est finalement plus distribué en centre-ville. Le journal papier gratuit Grenoble&Moi s'est discrètement retiré de la course en décembre 2009 et tente désormais de se maintenir sur le web. Après avoir propulsé Grenews et Avignews, le Dauphiné Libéré a décidé il y a quelques mois de mettre fin à l'aventure éphémère Arvignews.

D'une régie publicitaire commune à une autre, les opportunités d'introduction sur le marché de la presse locale papier et/ou en ligne continuent à fleurir.

Après avoir introduit Captiv et Decor'Home, Captiv'Press vient de lancer un nouveau magazine papier gratuit bi-mensuel Site-e Mag complété par une présence parallèle en ligne plutôt active sur le web. Fort de son expérience locale et nationale, venant tout juste d'introduire sa 9ème édition locale à Nice, le quotidien gratuit 20Minutes compte bousculer le marché de la presse locale Grenobloise à partir du second semestre 2010.

Une arrivée envisagée, ciblée, mesurée qui, selon certains journalistes locaux que je côtoie régulièrement, risque davantage de secouer le DL que Grenews. L'un étant... sous la coupole de l'autre.


Une prise de risque dans un climat économique tendu


Tout ce beau monde prend le risque d'investir dans l'information locale en ligne au moment où les revenus publicitaires continuent de baisser sur la toile et sur le papier à une vitesse élevée ou quasi-constante. Selon la synthèse de l'IREP, le montant des recettes publicitaires a baissé de 10,2% pour les quotidiens régionaux entre 2008 et 2009 (perte nette des recettes pour l'ensemble des médias de près de 1,5 milliard d'€ !) [2]

Pour bon nombre d'entités, le local reste une aubaine. Une fois lancé dans l'arène, chacun escompte trouver un nouveau modèle éditorial et économique viable, inespéré.

"Dans ce pari risqué, c'est souvent la quantité des contenus qui comptent, la qualité passe mal (...) Le vainqueur est celui qui durera le plus longtemps possible (...) On en est là" me confiait sans ambiguïté l'un des Responsables des Etudes Stratégiques d'un grand groupe de presse régional rencontré sur Lyon en décembre 2009.

Dans cet imbroglio économique, certains blogs locaux d'information tentent également d'émerger et de trouver un public à leur juste mesure. Certains y parviennent, d'autres non.

Aux Etats-Unis, la rentabilisation de l'information de proximité est en marche. Non seulement elle s'appuie progressivement sur une multitude de localités, de correspondants et de blogueurs locaux venus soutenir et partager une couverture quotidienne de l'actualité, mais elle est parfois adossée à des systèmes d'agrégateurs géographiques de contenus associés à des publicités ciblées, contextualisées ou personnalisées. Des modèles éditoriaux vont même jusqu'à proposer de récolter de l'argent directement auprès des lecteurs avant de publier l'article dont le sujet traité est choisi par ces derniers.

En France, on mesure encore peu ces opportunités.

L'organisation historique des bureaux locaux, l'internalisation et le manque de réactivités des rédactions sont un frein aux diverses tentatives de redéploiements plus ou moins aléatoires de l'information locale papier ou en ligne.

A Grenoble, contrairement à d'autres grandes agglomérations, le marché reste encore ouvert aux opportunités d'introduction.

Mais pour combien de temps ?


Lire la publication n°3 de Satellinet (exceptionnellement gratuite) sur "les enjeux du local et de l'hyperlocal" faisant mention de GreBlog.net.

Notes

[1] Satellinet est une publication Satellifax

[2] Source IREP – France Pub 2009


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2009

Information locale émergente : GreBlog MonGrenoble dans Le Monde

greblog le monde Dans un article préalablement publié sur le web puis dans son édition papier du 4 novembre 2009, le journal Le Monde évoque le développement et l'émergence de l'information locale en France.

Après avoir interrogé plusieurs acteurs du "web local" choisis pour leurs initiatives respectives dans l'hexagone, le journaliste Xavier Ternisien tente d'analyser leur démarche et de lister les moyens parfois rudimentaires dont ils disposent pour parvenir à relayer ou à produire une information.

En cherchant à publier différents contenus locaux, ces acteurs sont à la recherche d'une audience et/ou d'un modèle économique viable : deux principes... pas totalement antinomiques.


Une échelle hyperlocale segmentée


Dans un article publié dans la rubrique Economie et Medias intitulé "Malgré leurs faibles moyens, de plus en plus de sites Internet tentent de faire émerger l'information locale", le journaliste du Monde relève plusieurs types de sites d'information.

Les sites web dont la principale qualité est de proposer des services et bons plans locaux et dont l'une des principales finalités et d'aboutir à une démarche commerciale.

Les sites d'information "citoyens" [1] qui se proposent de relayer ou de produire des contenus d'information couramment propulsés sur des plateformes de blogs.

Les sites d'information édités et réalisés par des professionnels régulièrement soutenus par des médias régionaux ou nationaux.


Production et rémunération des contenus


Philippe Couve [2], producteur de l'Atelier des Médias souligne la difficulté des médias hyperlocaux à trouver un modèle économique viable et à générer des revenus. "Sur le papier, l'espace est compté et optimisé pour intéresser le plus grand nombre de lecteurs (...) Sur le Web, la place n'est pas limitée (...) Le seul problème est que la production de contenus coûte cher (...) Et les petits annonceurs ne sont pas encore prêts à payer pour un bandeau sur Internet".

Il est vrai que bon nombre de sites d'information locaux vivent principalement de la publicité et qu'ils peinent à attirer des annonceurs "hyperlocaux".

Certains sites n'existent que par la seule volonté d'un groupe de presse d'occuper le marché local avec la volonté intrinsèque d'écarter progressivement d'autres supports médias implantés jouant dans la même catégorie. Sur le web, des rédactions se maintiennent tant que le support papier est capable de les "entretenir". D'autres au contraire, misent sur l'édition web afin d'assurer tant bien que mal le financement du support papier en payant à coup de lance-pierre leurs pigistes ou correspondants locaux.

Mais pour combien de temps encore..?

"J'ai tenté de vendre de la publicité à des annonceurs locaux, mais sans grand succès (...) Ils sont attirés par des médias plus conventionnels (...) Mais je suis persuadé que ça va évoluer" a pu relever le journaliste du Monde après lui avoir accordé une interview dans laquelle je lui signalais avoir été plusieurs fois contacté par des agences de publicité régionales ou des services de communication de collectivités territoriales pour "passer de la pub" sur GreBlog.

Un moyen qui, pour des questions de principe, n'est toujours pas à l'ordre du jour. Mais les choses pourraient évoluer...


Succès d'audience


Pour reprendre la segmentation développée plus haut par Xavier Ternisien, tous les blogueurs "locaux" ne sont pas tous en quête de rémunération mais ils y pensent... un jour ou l'autre. En dehors de l'adoption du schéma publicitaire "classique" inhérent à la profession et aux médias traditionnels, nombreux sont les blogueurs qui ont tenté de déceler différentes opportunités permettant de dégager des revenus... avec plus ou moins de succès.

En attendant, "L'information locale est au moins un succès d'audience" comme le souligne très justement le journaliste du Monde.


Pour aller plus loin, dans le même quotidien national :

Lire le précédent article du Monde du 9 juillet 2008 "Des médias au plus près des villes et des quartiers" faisant référence à GreBlog.

Lire l'article du Monde du 4 novembre 2009 "Malgré leurs faibles moyens, de plus en plus de sites Internet tentent de faire émerger l'information locale".

Retrouver également mon retour d'expérience publié dans l'ouvrage professionnel "Blog territoriaux, réseaux sociaux et nouveaux enjeux du web 2.0 pour les collectivités" (Franck Confino - éditions Territorial, 2009) en direction des cadres territoriaux.

Notes

[1] terme employé par les médias qui reprennent souvent cette expression employée par des blogueurs locaux à la recherche d'une identification, d'une différenciation ou d'une revendication particulière liée à l'expression libre et aux usages démocratiques

[2] interview GreBlog pour Radio France Internationale en 2007


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08

2009

GreBlog MonGrenoble invité du Labo : émission du Master Journalisme IEP Grenoble sur Radio Campus

radio campus grenoble Depuis début novembre 2008, le Master de Journalisme de l'IEP (Sciences Po Grenoble) propose chaque semaine une nouvelle émission diffusée en direct sur Radio Campus Grenoble [1] de 13h30 à 14h [2].

"Le Labo" est une émission entièrement concoctée et réalisée par des étudiants du Master de Journalisme.

Chaque semaine, ils choisissent d'interviewer une personnalité Grenobloise à partir d'un thème, selon un canevas et une méthode de travail bien particulière.

Objectif : dresser un portrait aiguisé déguisé de l'invité suivant un ou plusieurs angles de vue... journalistiques.

Un seul mot d'ordre : l'invité ne sait pas à l'avance ce que les "journalistes-intervieweurs" lui ont préparé et réservé.


Un cobaye au "Labo"


L'invité du Labo est considéré comme un cobaye.

En direct, durant près d'une demi-heure à l'antenne, deux présentateurs pilotent l'émission, assistés par différents chroniqueurs qui s'enchaînent pour présenter chacun une rubrique. Au total, ils sont une demi-douzaine à se relayer en direct dans le studio de la radio Grenobloise.

Ensemble, Ils dressent un portrait décalé incisif de la personnalité à travers ses passions et opinions, ses choix de vie, ses activités singulières et régulières. De nombreuses questions lui sont posées. L'invité est soumis à une batterie de tests et de questions, scruté au microscope, passé au "décapeur", décortiqué et analysé par la profession.


Des personnalités Grenobloises "passées au crible"


Après le cosmologiste Aurélien Barreau, la championne olympique de snowboard Isabelle Blanc, le président du CRIF de Grenoble Jean-Luc Médina, le défenseur du GF38 Maxence Flachez, le président du groupe UMP à la mairie de Grenoble Fabien de Sans Nicolas, l'acteur humoriste Serge Papagalli ou encore les chanteurs Florian Peppuy dit Pep's et Magyd Cherfi (ex-Zebda)...

... ce fut le tour du "blogueur local de Grenoble" il y a quelques semaines.


Opération décryptage "à coeur ouvert"


En amont, afin de préparer leur émission hebdomadaire, les étudiants en Master de Journalisme rencontrent l'invité afin de "récolter" un peu de matière qui servira plus tard à "décaper" leur cible.

L'exercice est d'autant plus intéressant qu'il s'apparente à un décryptage. Claustrophobe, timide, réservé, en retrait, angoissé... s'abstenir !

L'hôte de la radio doit accepter de rentrer dans un cheminement inconnu, de se prêter au jeu des questions délicates, d'être porté, mis en avant ou secoué par les différents interlocuteurs tout en évitant de botter en touche.

Au cours de l'émission, différents intervenants, personnes proches, éloignées, connues et inconnues (Eve Moulinier, journaliste au Dauphiné Libéré - Stéphane Echinard, Coordinateur éditorial Grenews - Jérôme Steffénino, Webmaster de la Ville de Grenoble) interviennent pour pimenter le portrait de l'invité.

Divers sujets ont été abordés par les intervieweurs et l'invité : les supports et méthodes de travail d'un blogueur "local", la manière d'aborder le traitement, la production et la publication d'informations sur le terrain, la place du blogging local, l'animation et la participation des personnalités et internautes dans un débat en ligne, le choix éditorial, l'application d'une déontologie, la censure et l'auto censure, la rémunération, la place du journalisme aujourd'hui ou les relations entretenues avec la profession et les communicants...


Debriefing "maison" pour les chroniqueurs


En fin d'émission, la prestations des "journalistes-intervieweurs" est analysée par Yvan Avril, journaliste, Maître de conférence à l'IEP, rédacteur en chef du magazine Pigemag.

Sous l'oeil aiguisé du professionnel, le présentateur sur journal de France 3 Alpes décortique l'attitude et le travail des étudiants sous différents angles en présence ou non de l'invité du jour [3].

En France, bon nombre d'écoles de journalisme ou d'organismes de formation dans ce domaine proposent à leurs étudiants de travailler sur des projets "fermés", internes aux établissements, non accessibles au grand public. L'une des priorités du Master Journalisme de l'IEP Grenoble est d'externaliser les travaux des étudiants en condition d'apprentissage et d'exercices réels.


Externalisation multimédias


L'IEP Master Journalisme propulse différents "médias écoles" en direction du public.

Chaque semaine, les étudiants de l'Institut s'initient en direct au support radio pour appréhender le format (émission "Le Labo" sur Radio Campus Grenoble).

Ils apprennent également à maintenir une plateforme en ligne et à publier du contenu d'information sur un hebdo web du campus (PigeMag).

Ils éditent en parallèle un magazine papier bi-annuel et gratuit composé d'articles, de reportages photos, vidéos et d'enquêtes (Pigé Magazine).

De plus, le Master Journalisme de Sciences Po Grenoble organise régulièrement dans l'année des cycles de "Conférence de rédaction" qui permet aux étudiants de débattre avec des professionnels des médias reconnus sur le plan hexagonal ou international [4].

Toujours dans une optique d'ouverture de l'Institut vers l'extérieur, l'accès aux magazine, au site Internet, aux conférences... est libre et gratuit pour le public !


A l'heure où je rédige cet article, l'émission du Labo dans laquelle j'étais invité a été écoutée plus de 1100 fois sur le web... sans compter les auditeurs de Radio Campus !

Ecouter l'émission ici : Chrys (GreBlog MonGrenoble), invités du Labo (Sciences Po Grenoble et Radio Campus Grenoble).

Notes

[1] Radio Campus Grenoble : 90.8 FM

[2] rediffusée le samedi suivant à 13h30

[3] en aval, plus d'une heure de discussion avec l'équipe

[4] à titre d'exemple : Edwy Plenel (MediaPart.fr), Alain Joannes (Journalistiques.fr)...


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2009

Rencontre journalistes - syndicats au Club de la presse et des médias de Grenoble et de l'Isère

club presse 38 snj Le 18 février 2009, le Club de la Presse et des Médias 38 (association regroupant un panel représentatif de médias locaux, de directions de la communication d’organismes ou d’entreprises et des agences de conseil du département) organisait une rencontre-débat avec des journalistes sous la direction de Jacques-Marie Francillon, Président du Club en présence d'Emmanuel Saint-Bonnet, représentant du syndicat SNJ [1] et de Marc Greiner, représentant FO.

Face à une dizaine de journalistes présents au Tonneau de Diogène à Grenoble, les principaux intervenants ont souhaité tour à tour évoquer la crise de la presse en France au niveau de la PQR [2], de la PQN et levé un premier bilan des Etats Généraux de la presse écrite.

A travers leurs analyses, les représentants ont abordé les rapports qu'entretiennent principalement les journalistes avec leur direction et dressé un portrait constat de leur profession.


Les Etats Généraux de la presse écrite


Les Etats Généraux de la presse avaient pour objectif d'élaborer un nième diagnostic sur l'état de la presse écrite en France, de discuter et de dégager des solutions pour y remédier en réunissant des acteurs de la profession au sein de quatre pôles de réflexion.

Quel avenir pour les métiers du journalisme ? - Imprimer, transporter, distribuer, financer : comment régénérer le processus industriel de la presse écrite ? - Le choc d’Internet : quels modèles pour la presse écrite ? - Presse et société : comment répondre aux attentes des lecteurs et des citoyens ?

A l'issue de ces Etats Généraux de la presse, les différentes recommandations des principaux groupes de travail ont été publiées le 8 janvier 2009 dans un "livre vert" (le télécharger). Le 20 janvier 2009, les Assises du Journalisme ont élaboré 14 propositions "pour le droit de chacun à une information de qualité".


Des "Etats Généraux des patrons de presse" ?


Marc Greiner, photographe au Dauphiné Libéré souligne que son syndicat (FO) a assez mal vécu l'organisation de ses Etats Généraux de la presse. Selon lui, trop peu de journalistes ont été invités à participer à ces assises. Il estime à 12% le taux de syndicalisation des journalistes en France. Bien que ce taux soit faible et plus élevé en comparaison avec d'autres secteurs d'activités, il souligne que la profession a été peu écoutée et entendue.

"On s'est retiré d'entrée (...) On sait pertinemment que c'était mettre en musique uniquement les propositions patronales (...) Les syndicats de journalistes malheureusement ne pèsent pas grand chose dans les journaux en terme de position de blocage vis à vis du patronat (...) Le jour où le livre sera vraiment atteint, il y aura une atteinte en règle de nos acquis sociaux, de nos conventions collectives, de la déontologie (...) Actuellement, il y a une sorte de dynamique patronale, une sorte de pacte de non agression sur les journalistes du DL parce qu'il y a encore des syndicats du livre qui tiennent la route" explique le représentant FO.

Marc Grenier constate aujourd'hui que les jeunes journalistes ont beaucoup de mal à se syndiquer. Ces derniers ne se sont pas vraiment intéressés aux Etats Généraux de la presse. "Ils ne s'intéressent qu'à leur gamelle (...) Les directions successives les ont tellement affamé qu'ils sont prêts à plus se mobiliser pour des questions de salaire maintenant" revendique le photographe.


Le dilemme de la double loyauté


Pour Emmanuel Saint-Bonnet, rédacteur au Dauphiné Libéré, fondateur d'AtlasPol, ces Etats Généraux de la presse sont des "Etats Généraux des patrons de presse". D'après lui, les journalistes sont "un petit peu dans ce que les pédopsychiatres appellent un conflit de loyauté".

Un journaliste qui travaille dans la PQR est désormais confronté à une "double loyauté" déséquilibrée : celle envers son entreprise qui cherche à diversifier ses contenus au coeur d'une logique économique qui s'éloigne des "clients" [3] et celle envers les lecteurs pour lesquels il est de plus en plus difficile d'offrir une information fiable et de qualité.

La distorsion est de plus en plus importante avec les directions d'entreprises. Les journalistes sont attaqués sur leur garantie d'indépendance, souvent financière. "Quand on fait un texte, une mise en page, un reportage, on a une responsabilité morale (...) On est de plus en plus attaqué sur nos droits d'auteur, sur la clause de cession" [4] argumente le journaliste.

Les principaux intervenants soulignent que les journalistes du Dauphiné Libéré (le DL appartient au groupe EBRA - Est, Bourgogne, Rhône-Alpes : détenu par l'Est Républicain 51%, Crédit Mutuel 49% - actuellement en difficulté selon L'AFP, affaire GHM/EBRA) sont régulièrement soumis à des pressions au quotidien. Pressions au niveau des accords internes, sur la cession des droits d'auteur ou sur la sauvegarde de leur indépendance vis à vis de leurs sources d'information.


Une presse "sous perfusion"


En France, les grands titres sont encore bien protégés.

La presse écrite survit sous perfusion en partie grâce aux aides à la diffusion, de l'Etat et de l'Europe. "Si on était dans un système libéral à l'américaine, on aurait plus que deux quotidiens en France, La Croix et Le Parisien" souligne Emmanuel Saint-Bonnet.

"Il faut savoir aussi qu'il y a un énorme problème économique dans la presse (...) Si les patrons sont aussi agressifs, c'est qu'ils ont aussi les actionnaires qui sont derrière eux (...) Il faut pas se leurrer, la profession va être sinistrée parce que c'est une profession individualiste (...) A la limite, on fait un combat d'arrière garde" explique Marc Greiner.

Face à l'urgence de la crise économique de la presse, l'Etat prévoit un plan d'aide de près de 600 M€ sur trois ans.


Une logique d'entreprise


L'un des intervenants évoque le positionnement interne des entreprises de média. La grande majorité des groupes qui rachètent à tour de bras ces entreprises pour la plupart ne connaissent pas le métier, découvrent la représentation, le dialogue social et les méthodes de travail.

"On est plus face à des gens qui connaissent la presse (...) Ils sont dans la 8ème dimension, ils découvrent le dialogue social, la façon de travailler et le métier (...) Le paysage est sur la chute des ventes, de la publicité (...) Ils deviennent agressifs parce que économiquement, ils ont du mal à tenir (...) Ce qui se passe par exemple au Républicain Lorrain le matin en conférence de rédaction, ce sont les chefs des ventes qui arrivent et c'est eux qui donnent les sujets (...) C'est plus les journalistes qui décident parce qu'il y a une logique d'entreprise" explique l'intervenant.

Dans une logique de mutualisation des moyens et des effectifs, la concentration des médias au sein des grands groupes a pour effet de limiter l'indépendance des titres et celle des journalistes. Loin de jouer la carte de la pluralité, ce regroupement contraint les entreprises de presse à proposer au lecteur plusieurs fois le même sujet traité sur des supports différents, conduisant à une dispersion des audiences entre titres et supports.

L'une des principales revendications évoquées lors des Etats Généraux de la presse porte sur la fameuse "charte de déontologie" et l'opportunité de l'inscrire dans une convention collective. Il s'agit d'une avancé qui permettrait de reconnaître et donner un statut juridique aux rédactions et à la profession. Laurent Joffrin , Directeur de publication de Libération rencontré lors du dernier Forum Libération à Grenoble évoquait pleinement les mêmes attentes.


Un constat accablant


Les principaux intervenants du pôle "Le choc Internet : quels modèles pour la presse écrite ?" ont dressé un diagnostic de la situation de la presse en France et dans le monde.

Le constat détaillé dans le "Livre vert" des EGP disponible ici. est accablant.

Ce que l'on peut lire et retenir :

L’offre globale de médias augmente plus vite que leur consommation et les annonceurs poursuivent leur retrait et s'installe dans une croissance négative. La hausse de la consommation de médias va de pair en France avec une dispersion des audiences entre titres et supports. La presse imprimée est une dépense mineure dans le budget d’un ménage français. Le gros consommateur de médias écrits ne se cantonne pas, en France, à un support unique. Le média Internet continue de croître en France, en pénétration et en utilisation. La recette publicitaire tirée d’un visiteur unique est vingt fois moindre que celle d’un lecteur. Google est au cœur des sessions sur Internet et sa vente de publicité en tire parti...


Une autre vision, un autre modèle


Lors de cette rencontre-débat fort intéressante, la place du lecteur, de l'auditeur ou du téléspectateur a très peu été évoquée, voir oubliée. Pourtant, c'est lui qui consomme du média, c'est lui qui est au coeur des stratégies d'audience, c'est pour lui que les médias ont une raison d'exister.

Les journalistes sont en droit de s'interroger sur l'indépendance et la crédibilité de la profession au coeur d'un système économique vacillant, d'un métier qui finalement, à du mal à appréhender les changements et bouleversement du secteur, qui ne parvient que partiellement à se remettre en cause.

Après la révolution numérique, le papier devra faire la sienne.

Ce n'est pas le papier qui risque de disparaître, c'est son usage qui est remis en cause face aux nouveaux comportements et la pluralité des nouveaux moyens de consommation de l'information.

Petit à petit, l'information n'est plus le récipient de la pub.

Le prochain défi du papier porte sur son adaptation [5].

Il doit devenir un complément attrayant et séduisant, un "+" vis à vis des nouveaux supports. Il doit servir à présenter une personnalisation des contenus de presse écrite, loin de la diffusion de masse qui engendre des coûts de production hallucinants. Progressivement, le support papier doit basculer pour devenir un complément, un supplément du web qui lui reste accessible à tout moment, en temps réel.

Les Etats Généraux de la presse ont permis de rassembler un certain nombre d'acteurs autour de la table, de dresser un constat alarmant de l'état de la presse écrite en général, de saupoudrer d'aides un secteur d'activité qui n'a plus vraiment les moyens de financer une production d'information basée sur un vieux modèle économique déjà enrayé.

Ils n'ont pas permis de résoudre les problèmes de fond : ceux de la profession, ceux du secteur.

A lire également : le compte-rendu de séance réalisé par le Club de la presse 38.

Notes

[1] Syndicat national des journalistes

[2] Presse Quotidienne Régionale, Presse Quotidienne Nationale

[3] lecteur potentiel

[4] condition de départ avec système de rétribution financière

[5] A lire : "La fin des journaux et l'avenir de l'information" - Bernard Poulet, Rédacteur en chef à l'expansion, vient de paraître