Rebondissement plutôt inattendu dans le dossier du projet de contournement de la Rocade Nord.
Mardi 22 mars 2010 dans la journée, la Commission d'Enquête Publique sur le projet de Rocade Nord porté par le Conseil général de l'Isère (CG38) a rendu ses conclusions et ses analyses.
Elles portent à la fois sur l'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique du projet, sur les conditions de réalisation, sur le classement en route express et départementale inséré dans le projet, sur la mise en compatibilité du Plan Local d'Urbanisme (PLU) à Grenoble, La Tronche, Saint-Martin-le-Vinoux et du Plan d'Occupation des Sols (POS) de Meylan.
Surprise de taille : les commissaires enquêteurs donnent un avis défavorable au caractère d'utilité publique du projet... dans son ensemble.
Le contexte dans lequel s'inscrit le projet de Rocade Nord
Pour bien comprendre, il est nécessaire de rappeler le contexte dans lequel s'inscrit le projet de Rocade Nord dont le maître d'ouvrage rappelons-le est le CG38.
Globalement, il s'agit de remédier à la saturation des axes majeurs sur l'ensemble de l'agglomération, de limiter au mieux la congestion des déplacements de véhicules, d'éviter une dégradation de l'air et une augmentation de la pollution sur les axes routiers.
Autres objectifs visés, autres volontés : diminuer les impacts du trafic automobile sur la pollution et en matière de bruit, favoriser le "développement urbain harmonieux" des communes traversées, des transports en commun dans l'agglo en favorisant principalement l'implantation de nouvelles lignes de tramway péri-urbaines...
Les conditions de réalisation de l'enquête publique
Les commissaires soulignent le bon déroulement général de l'enquête publique et souligne que "toutes les mesures relatives à la publicité de l'enquête ont été prises" afin d'informer convenablement le public.
Eléments importants à mentionner : dans son rapport, la commission relève que "les manifestations des partisans ou opposants à ce projet (...) n'ont en rien affecté la bonne tenue de l'enquête".
Au fil de l'enquête, plus de 3600 observations ont été soulevées. Parmi elles, 54% des personnes sont opposées au projet, 41% y sont favorables et 3% émettent de fortes réserves (2% non comptabilisés pour cause de doublons).
Coté volume, la Commission s'étonne de l'épaisseur et de la prépondérance des dossiers. "plusieurs tomes d'un millier de pages (...) l'étude d'impact (...) comprend à elle seule 400 pages de textes et illustrations dont plus de la moitié expose l'état initial". Par ailleurs, elle remarque que la qualité de lecture est aisée pour tout public.
Autre surprise dans la conclusion du rapport : l'analyse bilancielle du projet de Rocade Nord est plus portée sur les aspects négatifs que sur les points positifs.
Rocade Nord : peu d'avantages et d'aspects positifs dans le projet
Au niveau des déplacements, la Commission estime que la Rocade Nord apportent des améliorations de temps de parcours, une accessibilité aux pôles Presqu'île et CHU et une diminution de la charge de trafic en centre-ville.
Côté environnement, une incidence "relativement limitée" sur le milieu naturel en raison de la localisation du projet en milieu urbain et une comptabilité avec les plans de gestion de l'eau. Côté nuisance sonore, les dispositions prévues sont adéquates et conformes au projet. Environ 70 propriétés privées seraient touchées par le projet.
Là où le bas blesse, c'est au niveau de la rentabilité économique du projet : "Après analyse, le taux de rentabilité économique de ce projet ne serait pas de 48% (...) mais avoisinerait plutôt les 12%" selon les commissaires. Une rentabilité 4 fois plus élevée, largement (et volontairement ?) surestimée par les porteurs du dossier !
Rocade Nord : beaucoup d'inconvénients et d'incertitudes relevés
Le rapport souligne que le projet "aggrave incontestablement la saturation de ces voiries et le problème des bouchons" au augmentant la charge de trafic sur les autoroutes et les voies rapides d'accès à l'agglomération... et qu'il "ne déleste pas significativement la Rocade Sud" avec une réduction du trafic de 2 à 3% et un péage à 2€ !
Avec la Rocade Nord, la hausse du nombre de déplacements des véhicules particuliers et une diminution de la part modale des transports en commun ne favorisent pas le développement urbain de ces derniers sur l'agglo.
Côté environnement, le bilan des émissions et consommations énergétiques "n'apporte pas de réduction significative de la pollution de l'air". Celui-ci ne prend pas en compte les périmètres d'études des polluants les plus sensibles. En d'autres termes, seul l'impact sur les habitations et habitants proches des infrastructures aurait été pris en compte... et non les organismes, pôles ou entités professionnelles sur le parcours (entreprises, CHU, Presqu'île...).
Les commissaires expriment de sérieuses réserves sur la hauteur des infrastructures routières de la Rocade notamment au niveau de l'arrivée sur la Presqu'île scientifique avec une remise en cause de l'échangeur et du viaduc.
Sur Meylan, "Le tracé qui ne se connecte pas à la Rocade Sud n'est compatible, ni avec le développement complet du projet urbain à la porte nord-est de l'agglomération, ni avec la création d'une plateforme intermodale connectée à la future ligne de TEC" souligne le rapport.
De très nombreuses incertitudes sont émises par la Commission sur les conséquences du trafic, sur l'évolution du prix du péage, sur la problèmatique de l'élargissement de l'A480, sur les effets des travaux durant le chantier, sur les impacts sanitaires liés à l'exposition des passagers des véhicules....
La liste est longue !
La Commission émet un avis défavorable... à l'unanimité
A l'unanimité de ses membres, la Commission porte un "Avis défavorable (...) A ce qu'il soit conféré le caractère d'utilité publique à ce projet de rocade nord de Grenoble".
"Les inconvénients générés par ce projet de rocade, dans sa consistance et ses effets, l'emportent sur ses avantages sans qu'il soit possible, pour autant, d'y remédier, au risque de modifications trop substantielles qui en altéreraient son utilité fonctionnelle et son économie générale".
La réaction des élus et opposants au projet de Rocade Nord
La réaction des opposants ne s'est pas fait attendre...
"C'est une bombe (...) On n'y croyait vraiment pas au départ" explique Vincent Comparat, porte-parole de l'ADES lors de la conférence de presse "express".
"Une telle décision avec un avis négatif, c'est extrêmement rare (...) C'est moins de 5% des avis en France et encore moins que ça sur des projets d'infrastructures aussi importants (...) Au Conseil général, on a déjà voté 15M€ d'études, tout ça pour aboutir à un avis négatif" souligne avec véhémence et soulagement Olivier Bertrand [1], Conseiller général et municipal d'opposition (les Verts).
Pour ce dernier, ces études ont eu pour principal objectif de cacher la réalité, sur la pollution, l'économie général du projet et sur les déplacements, le trafic. Avec ce rapport, il estime qu'on ne peut tout simplement plus réaliser sur le fond le contournement routier de Grenoble.
"On avait déjà des éléments (...) On savait déjà ce qui s'était passé sur l'étude de l'AURG (...) On connaissait déjà le courrier du président de l'ASCOPARG qui disait déjà que les études de pollution avaient été manipulées par le Conseil général (...) Mais ce qui est important, c'est que la Commission d'enquête reprend ses éléments à son compte (...) C'est essentiellement ça qui amène un avis négatif" argumente Olivier Bertrand.
De son côté, le groupe UMP au Conseil général présidé par Jean-Claude Peyrin a demandé à ce qu'une information plus détaillée soit fournie dès l'ouverture de la séance publique sur le Budget primitif 2010, ce jour.
André Vallini, Président du Conseil général, vient tout juste de faire savoir qu'il va "proposer à l’assemblée départementale (...) de désaffecter les crédits inscrits au Budget 2010 pour l’opération rocade Nord afin de les mettre en réserve".
Une somme de 9M€ devait être greffée au budget du projet de Rocade Nord.
D'autres solutions envisageables ?
Les Verts estiment qu'il faudrait simplement diminuer la part modale des véhicules de 10% (8% selon certaines études) pour illiminer les congestions et les bouchons dans l'agglomération.
L'occasion leur est donnée pour réaffirmer d'autres solutions ou opportunités. Il évoque le principe du tram-train pour étendre une circulation entre le rondeau et Vizille, le concept de l'autoroute apaisée permettant notamment de réduite la vitesse et les distances entre véhicules...
En attendant, tout porte à croire que les perspectives de réalisations de la Rocade Nord semblent sérieusement altérées par ce rapport.
Du côté de la Ville de Grenoble, il semblerait qu'un léger parfum de rejet du projet circule depuis quelques temps dans les couloirs de la Mairie au niveau de sa majorité municipale.
Néanmoins, cette conclusion négative des commissaires enquêteurs n'interdit pas au Conseil général de poursuivre la réalisation dont la mise au point du projet d'exécution devrait (devait?) être signé fin 2010 (mi-2011, début de chantier - fin 2013, fin des travaux lourds - fin 2014, mise en service).
Pour aller plus loin : les partisans du projet, les opposants à la Rocade, le contournement en vidéo...
...et la fameuse conclusion du rapport (Google Docs).
Notes
[1] sur ma photo



En novembre 2007, le Conseil général de l'Isère (
Vendredi 2 octobre 2009, La
Lundi 15 septembre 2008, une réunion publique s'était tenue à l'auditorium du Musée de Grenoble dans le cadre de la concertation engagée sur le réaménagement des quais de l'Isère.
Article maj le 16/12/08 [
Le projet de Rocade Nord n'en fini pas de faire parler de lui.
Lundi 15 septembre 2008, une première réunion publique s'est tenue à l'auditorium du
Le 19 octobre 2007 dernier, le


